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Votre travail

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Re: Votre travail

Messagepar blissmanu » Sam 16 Fév 2013 17:09

Yoan a écrit:Blissmanu, c'est le fan ultime.
Quand il s'aventure dans une section "Hors Silverchair" du forum, il arrive quand même à poster sur le groupe.


De ce côté, on ne se refait pas.
Ces histoires de Homard-mayo me donnent faim. :D
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Re: Votre travail

Messagepar caro » Mer 10 Avr 2013 22:42

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Re: Votre travail

Messagepar Yoan » Jeu 11 Avr 2013 00:01

Tu passes très bien à l'image, et ton intervention est on ne peut plus claire. Un grand bravo ! :hello:

Sinon, une baisse de 47% du budget (!!!), à part un coup de poignard, je vois pas trop comment c'est qualifiable.
J'aimerais bien dire quelque chose d'optimiste, mais pour ce que je crois comprendre, et étant donné que la "rigueur", "l'austérité" et tout le toutim, on est bien parti pour en bouffer pendant trèèès longtemps, je n'imagine pas grand chose de plus directement menacé que ce genre de travail de fond, généralement invisible quand il faut rendre des comptes chiffrés et confirmer qu'on est "utile".
Je me faisais d'ailleurs la réflexion récemment que "faire du social" était, dans le langage courant, devenu quelque chose de clairement péjoratif... Pfff.

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Re: Votre travail

Messagepar Finquel » Jeu 11 Avr 2013 11:10

T'as du courage pour faire ce job, beaucoup de courage!
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Re: Votre travail

Messagepar caro » Jeu 11 Avr 2013 12:26

Merci pour les retours !

Oui, du courage je sais pas : mon grand drame c'est que je sais rien faire d'autre et que je ne me vois pas faire autre chose alors qu'en même temps je vous cache pas que ça me déprime au plus haut point : ce secteur, la politique, la France, le monde...
Je me sens vraiment pas bien.
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Re: Votre travail

Messagepar Finquel » Jeu 11 Avr 2013 14:17

Je te comprends, je le ressens déjà un peu en en étant loin alors si j'avais les deux pieds dedans!
Dis toi, en revanche, que ton job est indispensable! Tu les sauvent ces pauvres gens!
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Re: Votre travail

Messagepar caro » Jeu 11 Avr 2013 18:23

Pour donner une idée, sur notre service et sur 14 éducateurs, en trois ans, il y a eu 3 cas d'inaptitude professionnelle déclarée par la médecine du travail suite à des burn out...ça peut donner une idée à la fois de l'usure professionnelle qui touche le secteur en général et de la maltraitante envers nous, pas tant de la part de nos employeurs directs que des financeurs divers (ici le conseil général). Comme disait un collègues, ça a un peu la saveur du harcèlement moral quand même.
On nous demande sans arrêt des comptes alors qu'on en rend déjà par divers moyens mais qu'ils ne veulent pas entendre ou comprendre parce que c'est sûrement trop abstrait ou insaisissable comme ça, quand on est plus sur du qualitatif, du relationnel, que du quantitatif et de la culture de résultats. Et on nous fait bien sûr porter le chapeau du moindre mauvais "résultat", c'est tellement plus simple. Avec bien sûr aucune étude sérieuse sur du long terme et sur le sens de ce qu'on fait, la portée symbolique.
C'est usant parce qu'on se prend un bout du paquet de merdes des gens qu'on rencontre, mais ça, on est payé pour déjà et surtout, c'est en général un peu pour ça qu'on est là. Mais la disqualification général qui touche les travailleurs sociaux, le secteur social dans son ensemble est insupportable. Et ça, ça vient de toute la populace, je suis désolée.
Rien qu'à la base, on fait trois ans d'études pour avoir le DE, mais on est considérés comme bac+2. Déjà, ça commence mal. Et alors après sur le terrain, et je le ressens encore plus plus plus en prévention spécialisée (qui vise donc à lutter contre la marginalisation des jeunes de 11 à 21 ans et des familles habitant des quartiers dits sensibles): c'est un peu le reflet de la manière dont on perçoit les quartiers, les jeunes, etc. On s'en prend plein la gueule sans arrêt. Ce qui est dur dans ce boulot, c'est pas les jeunes, c'est pas de déambuler dans ces quartiers, ni même parfois de se faire insulter ou provoquer ou autre, c'est la manière dont on est considéré. Avec des raccourcis de pensée qui m'horripile: On parle avec un fumeur de shit, ça veut dire qu'on le laisse faire voire qu'on l'encourage parce qu'on lui fait pas forcément la morale, on est en contact avec des délinquants, donc on est un peu complices, on aide les personnes à avoir accès à leurs DROITS et on se fait taxer d'aides à ces parasites profiteurs sans gêne, on aide certains dans leurs démarches pour avoir des papiers, donc on encourage l'immigration, etc. La liste serait longue. Et nos résultats ne sont pas visibles. On peut sortir certains de la merde en 6 mois, un an, d'autres ça va prendre 10 ans, pour d'autres il y aura des essais et des erreurs car on n'est pas des héros ni des magiciens.
Les situations se complexifient d'"une manière phénoménale depuis des années avec toujours moins de solutions ou de lieux où orienter ces gens en difficultés qui mettent à mal les institutions en général et dont personne ne sait que faire. Ces gens là, on est censé les orienter et les accompagner vers les institutions les plus adéquates, sauf qu'on voit qu'en réalité ce sont eux qui le plus souvent nous sont orientés, les plus retors, les plus touchés. Et après, on en fait quoi ? Mais non, c'est pas du tout nos institutions qui ne sont pas adaptées ou qui déconnent, c'est nous, les éducs qui ne faisons rien.

Depuis le désengagement de l'Etat via la décentralisation, les financeurs comme les CG serrent la ceinture et tombent dans une exigence de résultats limite kafkaienne. On est considérés comme des sous traitant à qui il faut dire ce qu'ils doivent faire car ils ne connaissent pas leur métier, comme des exécutants et pas comme des acteurs.
Mais putain, qui est au contact tous les jours et est témoin de ce que le monde actuel crée d'exclusion ?

Et ce manque de solidarité et d'engagement collectif alors que ça concerne tous les citoyens et la manière dont potentiellement ils sont vus et traités par le politique en général. Mais bon.

Bon, pour la petite histoire, je suis plutôt contente du reportage, assez fidèle malgré la concision. Le tournage a duré presque 2h, pour 3 minutes d'antenne..et on a été prévenus que 30min avant, donc on s'en sort pas si mal.

Et sinon, pour 2013 on continue avec le budget revoté, mais en fait c'est pour mieux nous tuer en 2014.

Cordialement.
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Re: Votre travail

Messagepar Finquel » Jeu 11 Avr 2013 20:35

Tous les symptômes des instituteurs mais en pire!!! :beurk:
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Re: Votre travail

Messagepar caro » Ven 12 Avr 2013 11:20

Yoan, je te pique la magnifique photo, c'est tellement approprié !
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Re: Votre travail

Messagepar Yoan » Jeu 18 Avr 2013 00:39

J'étais à une conférence récemment pour le boulot (voyez un peu comme je suis dans le sujet), et je vous cite des extraits de l'article que j'en ai tiré :

(J'espère que vous mesurez un peu l'exclu' que ça représente)

« Le paradigme moderne est à aller chercher dans une citation de Saint Augustin, qui établit que la raison humaine conduit à l’unité. Notre culture a mis l’accent sur ce rationalisme unifiant, et c’est tout le modèle occidental qui va s’articuler autour du chiffre 1 ». Évoquant « la loi verticale du père » où « tout vient du haut », Michel Maffesoli décrit un modèle cherchant à « évacuer l’altérité »

(...)

« En vertu d’un rationalisme reptilien, nous sommes formés pour penser l’abstraction à travers l’universalisme » résume-t-il en effet.

(...)

« Il existe deux formes de socialisation. La première est verticale et autoritaire, la seconde me semble aujourd’hui plus légitime, et tient en l’initiation. C’est la loi des frères : on accompagne un processus, tout en restant sur une attitude pédagogique ».


Et ça m'a fait penser à ce que disait Caro un peu plus haut :

caro a écrit:La disqualification général qui touche les travailleurs sociaux, le secteur social dans son ensemble est insupportable. Et ça, ça vient de toute la populace, je suis désolée. (...)


Le systématisme que tu décris (et dénonce), a quelque chose de profondément décourageant. Et je me demande si ça ne relève pas de ça : une profonde incapacité culturelle à "penser l'autre", et donc à accepter l'altérité.
Je tire peut-être sur une hypothèse sociologique tarabiscotée (Michel Maffesoli est une référence de la sociologie dite "postmoderne", si ça vous parle), mais j'ai l'impression que c'est d'une cruelle actualité. Et quand il décrit le passage d'une "loi du père" à la "loi des frères", je pense qu'on mesure assez bien à quel point aujourd'hui, on fait le lien avec le communautarisme, terme déjà péjoratif en soi. Ces jeunes, on ne veut pas les accompagner vers autre chose, on veut juste leur faire la leçon.

(Tout ceci est peu clair, mais j'ai essayé de faire court)
(Désolé)
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Re: Votre travail

Messagepar caro » Jeu 18 Avr 2013 18:34

C'est intéressant ce truc de la loi du père à la loi des frères...
J'observe en effet qu'aujourd'hui cette initiation à la vie (à l'envie !) se fait de moins en moins par les pères, plus largement les adultes qui pensent surtout à moraliser, faire la leçon et recarder qu'à accompagner vers l'épanouissement, que par les pairs qui permettent une initiation, y compris dans la déviance et/ou la délinquance. Mais quelle alternative propose-t-on, nous adultes ? On a tous une responsabilité envers les jeunes dès lors qu'on est adultes. Ce sont les enfants qu'on a crée qui existent aujourd'hui. Comment les voit-on, ou plutôt comment les stigmatise-t-on ?
On pense plus aujourd'hui aux façons de punir et exclure qu'aux façons d'accompagner. C'est vraiment comme ça que je perçois mon travail et que j'essaye de l'accomplir : l'accompagnement, l'émancipation, l'envie...un parcours initiatique que j'ai moi-même vécu à travaers ma formation et que je cherche à transmettre. Une manière de penser l'autre, oui. L'autre, pas si étranger que ça quand on y regarde de plus près. Parfois inquiétant, mais qui comme tous les humains est en quête de liens, et de liens inconditionnels et inconditionnés.
On passe des bouts de temps avec eux, on partage de la convivialité, on les emmène faire un bowling, ouais, on fait du théâtre avec eux, on les emmène parfois à McDo ou on fait une soirée crêpes au service, un barbecue. On les emmène faire de l'accrobranche, des séjours...Puis on déambule dans la rue et on discute de tout et de rien. Ouais, ça fait "payés à rien foutre". Mais tout ça, ce ne sont que des prétextes pour être en lien et aborder au bout d'un moment (rencontrer prend du temps, n'en déplaise aux décideurs et financeurs et managers !) les sujets importants, se laisser défier et provoquer et tenir bon, parce que c'est ce qu'ils cherchent : des adultes qui tiennent bon malgré tout et ne les abandonnent pas dans leur merde.

Aujourd'hui, j'ai aidé une famille à faire un courrier à l'inspection académique parce que leur fils de 13 ans est en plein décrochage scolaire et que la dite inspection leur a envoyé un courrier les menaçant de supprimer les allocs et de leur faire payer une amende pouvant aller jusqu'à 750 euros !
Du coup, j'ai ajouté aussi un courrier au nom de l'équipe, pour expliquer qu'avant d'(être un potentiel délinquant fainéant, ce gosse est en souffrance et ne trouve aucune solution pour s'en sortir. J'ai tourné une phrase nuancée dans le paquet, hjistoire de dire que c'est pas parce qu'il y aura sanctions financières que ce gamin retournera au collège. Le problème est bien plus complexe ! Mais voilà comment on les traites, ces jeunes. Du coup, ça crée des tensions dans la famille et ça ne fait qu'empirer les choses pour le jeune.

Alors ça me fait marrer tous ces connards "anti mariage pour tous" qui parlent du droit des enfants et de leurs bien être alors qu'ils ont sûrement été les premiers à applaudir ce genre de mesures insensées et RIDICULEMENT coercitives juste pour montrer les muscles et dire qui c'est qui commande.

Je ne parlerais pas des gosses de 11 ans déjà exclus d'un collège et qui changent d'établissement et emmènent dans leur sac à dos leur mal être, ni de ceux qui passent en cellule de veille (dispositif municipal visant à stigmatiser, euh pardon, aider les perturbateurs où en gros on se retrouve autour d'une table avec des élus, la police et les principaux et CPE des collèges).

Le "père" en psychanalyse n'est pas le père fouettard, ni même le géniteur, il n'est même pas forcément de sexe masculin, c'est celui qui donne accès à la parole, à la loi symbolique qui nous permet de vivre ensemble par l'initiation aux limites imposées par la vie en collectivité. C'est un père qui étaye, soutient, cadre et sécurise. Pas un connard à matraque adepte du châtiment.

Pour être autonome, il faut avoir été relié. Là ce que je vois, c'est de la politique d'exclusion où les uns et les autres on se renvoie les patates trop chaudes sans jamais traiter le problème de fond.
Sans vouloir nous lancer des fleurs (il y a des cons partout, y compris dans le social, et j'en ai rencontré un paquet), je trouve qu'on est un peu le dernier bastion d'une autre manière de penser l'autre, étayée par de la théorie et de la pratique. Et des valeurs, souvent marquées idéologiquement, mais et alors ? Tant que c'est en faveur de l'autre et pas pour le pouvoir sur lui ?

Et ce jeunes, exclus par des adultes, ils trouvent dans leurs potes de quartiers une autre forme d'initiation qui est loin d'être un parcours de santé en cela qu'elle contient aussi du dogme, du conformisme de bas étage, de la religion qui se durcit et est mal interprétée, ils se replient sur eux mêmes jusqu'à opérer un "retournement du stigmate" en surjouant leur rôle de caïds de bas d'immeuble, en inventant un langage marqué territorialement, parce que avant tout ça leur donne une consistance, une identité et un groupe d'appartenance. Mais sont-ils ceux à blâmer réellement ?
Après, c'est dur à rattraper au vol ces bêtes là ! Ne serait-ce que pour qu'ils arrêtent de ponctuer toutes leurs phrases par "wesh" dans un sketch ou un rôle au théâtre. "Vas y chuis une princesse, ouaich !" "quoi ? t'es la Princesse Ouaich, c'est ça ?"^^
Ils sont et restent des gosses, avant tout. Et ces p'tits cons, ils sont bien attachants vous savez.
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Re: Votre travail

Messagepar Yoan » Ven 19 Avr 2013 12:09

caro a écrit:Et ces jeunes, exclus par des adultes, ils trouvent dans leurs potes de quartiers une autre forme d'initiation qui est loin d'être un parcours de santé en cela qu'elle contient aussi du dogme, du conformisme de bas étage, de la religion qui se durcit et est mal interprétée, ils se replient sur eux mêmes jusqu'à opérer un "retournement du stigmate" en surjouant leur rôle de caïds de bas d'immeuble, en inventant un langage marqué territorialement, parce que avant tout ça leur donne une consistance, une identité et un groupe d'appartenance. Mais sont-ils ceux à blâmer réellement ?


C'est le noeud du problème : être conscient de la banalité du mal, de l'exclusion qui en résulte, et des défenses qui se mettent en place (celles que tu cites) pour y faire face. Ca a l'air évident comme ça, mais dépassionner les débats pour décrypter ces rapports de force, et ensuite tenter de repenser les logiques d'intégration, c'est rapidement taxé d'angélisme inconséquent. De négligence irresponsable, souvent. Voire de complicité coupable, ouais.
Comme si quelque chose nous ramenait inlassablement à ce réflexe pervers, qui consiste à se dire qu'il faut agir sur ce qui sort des clous, sur ce qui ne rentre pas dans le cadre normatif, sur ce qui "résiste". Or, c'est le cadre dit "normatif" qui crée ces résistances, cette exclusion, et c'est sur ce cadre qu'il faut agir. Mais j'ai l'impression que ce travail n'est envisageable qu'à très long terme, chose parfaitement inaudible aujourd'hui. Enfin, plus exactement, les bienfaits n'en seront "visibles" que bien plus tard. Or, on est pris dans une logique à la con qui fait que tout ce qui ne se voit pas tout de suite est rejeté. On a un rapport au temps hyper vicié, et quand on parle de phénomènes sociaux-historiques, espérer des changements majeurs de façon immédiate n'a pas de sens.
Mais la "populace" est conditionnée à raisonner de cette façon : "Le modèle de société auquel je me suis adapté me convient, à ces petits cons de rentrer dans le rang". J'ai l'impression que ce serait un peu comme dire - pour en revenir à mes obsessions thématiques - : "Le problème chez France Télécom, ce n'est pas l'organisation du travail, ce sont les gens qui se suicident". Il y a inversion du principe de causalité.
Après, on en vient toujours aux même(s) constat(s). A savoir que les discours à la veine répressive et autoritaire ont le "mérite" d'être faciles à se représenter, en plus de se révéler immédiatement rassurants en tant que pseudo-garants de l'intégrité d'un modèle dont on ne veut surtout pas voir bouger les lignes. Que Manuel Valls soit un des rares Ministres de ce Gouvernement à disposer d'un tant soit peu de popularité illustre bien ce phénomène. Parce que, les dérives langagières en moins, il reste dans une approche très Sarkozyste (on peut aussi dire "primaire" :D ) de ce qu'est la "sécurité". L'adhésion populaire à ce discours qui se revendique "dur", je la comprends très bien, dans le fond. Après tout, j'ai bien mis un coup de boule à un petit caïd de quartier dans un bus... Je suis comme tout le monde, je n'aime pas être provoqué, et quand on tire trop sur la corde, je contre-attaque. Mais encore une fois, ça c'est un réflexe de défense immédiat. Ca n'explique pas pourquoi ce gamin m'a emmerdé comme il l'a fait, et m'a poussé à cette réaction.

Et pour en revenir à mon propre taf', et l'intervention du sociologue Michel Maffesoli, elle se tenait dans le cadre d'une conférence "pro-papier". Et une fois n'est pas coutume, la parole était donnée à quelqu'un qui n'allait pas être dans une posture un peu conservatrice consistant à dire "Le papier c'est nos fondamentaux, à nous d'éduquer les jeunes pour leur expliquer la vie". Face à ce qui est concrètement une organisation corporatiste et lobbyiste, composée de professionnels qui vivent du papier et de l'imprimé, il s'est risqué à dire qu'il ne fallait pas se présenter en donneur de leçons. Et c'était assez drôle de noter les grimaces dans l'assistance quand il insistait sur le fait que non, le problème des profs n'est pas un manque d'autorité, mais une surdité globale du "pouvoir" aux changements qui font l'air du temps. C'est ce qui finit par créer ces décalages, jusqu'à mettre quelques professions plus exposées en première ligne. Et c'est quand effectivement il a parlé de "Loi du père" et de "lois des frères" que j'ai fait le lien avec ce dont on parle là. Parler d'initiation, d'accompagnement, plutôt que d'éducation (pour le coup, il réprouve plutôt ce mot-là), ça implique déjà de ne pas être uniquement sur la défensive et d'avoir un regard bienveillant sur ce qui est, ce qui existe.
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Re: Votre travail

Messagepar Moe » Jeu 24 Oct 2013 18:40

Bon j'aurais pu poster ça dans le topic des coups de gueule mais ça ira bien ici aussi, alors allons-y.

Comme certains le savent peut-être, je viens de déménager sur (Snoop) Lyon (d'ailleurs Finq t'habitais pas dans le 5ème à l'époque où on s'était fait une rencontre ici pour l'anniv' à Yoan ? Ou alors ptet que je délire complètement, mais j'ai cru reconnaître le coin, bon bref). Ma copine a été mutée ici, donc j'ai démissionné de mon taf en blanchisserie dans mon petit centre hospitalier de campagne (enfin avec la direction on s'est démerdé, on a passé ça en non-renouvellement de CDD, c'était plus simple, ça change rien de toute façon).

Je suis donc à la recherche d'un emploi, en blanchisserie vu que c'est le dernier poste que j'avais occupé. Et je me fais un peu niquer, concrètement. Enfin bon, non, pas vraiment, mais voilà ce qui me chiffonne: je touche en gros 950 par mois d'allocations chômage, plus 150 euros d'APL... Ce qui me fait à peu de chose près un SMIC, quoi. Pas motivant de chercher un taf qui me rapportera à peine autant, donc. Là une boîte m'a contacté, ils me veulent pour créer une blanchisserie, carrément. Alors pas un gros truc (je vais parler technique vite fait, attention): 1500 tenues qui tournent en permanence, ça doit faire à vue de nez du 500 kilos par semaine, rien à voir avec les 12 tonnes qu'on traitait à l'hôpital. Mais je serai seul, ça veut dire gérer les stocks de consommables, entretenir le matos, et aussi le véhicule de livraison et plein d'autres trucs auxquels j'ai encore sans doute pas pensé. Alors voilà, d'un côté j'suis assez content qu'on veuille me confier un poste pareil alors que j'ai aucune qualification là-dedans, mais bon, niveau rémunération, bah voilà. C'est le SMIC. En plus c'est relativement loin de chez moi, donc me payer deux heures de transport par jour pour au final me retrouver avec autant de fric qu'en restant chez moi à me gratter le cul, ça m'emmerde un peu.

Donc bon, je leur ai dit qu'un salaire un peu plus élevé ce serait pas mal, j'attends leur réponse. Mais s'ils refusent, je sais pas trop quoi faire... Rester chez soi à rien foutre, c'est vite pesant quand même, sans parler du fait que j'aime pas bien "profiter du système" comme ça, mais bon, voilà. Ca fait chier.

Merde.
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Re: Votre travail

Messagepar Yoan » Jeu 24 Oct 2013 20:31

Que tu négocies le salaire à la hausse, c'est normal. Il fallait le tenter, je pense.
Le SMIC va bientôt rimer avec "salaire unique", à ce train-là.

Quant aux responsabilités qu'on veut te confier, dis-toi qu'elles te permettront de te forger une expérience précieuse, qui pourra d'ailleurs se monnayer et t'ouvrir des portes dans le futur.
Facile à dire comme ça, mais à mon avis ça vaut le coup de se mettre un peu en danger.
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Re: Votre travail

Messagepar Moe » Jeu 24 Oct 2013 20:46

C'est exactement ce que je me suis dit. D'autant qu'à la base, ils m'ont contacté par mail et j'ai mis un peu de temps à répondre parce que j'hésitais, du coup. Et ils m'ont rappelé assez rapidement, histoire de savoir pourquoi je répondais pas, si ça m'intéressait quand même, tout ça, ce qui me fait dire qu'ils ont peut-être pas beaucoup de monde sur le coup, à part moi. Bon après peut-être que j'me plante, j'sais pas. Mais bon, j'avais bien envie de tenter, même si j'ai pas d'autre plan pour l'instant. On verra bien.
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Re: Votre travail

Messagepar Finquel » Lun 28 Oct 2013 19:43

C'était à La Mulatière vieux!
Explique leur carrément le truc! Que tu vas toucher autant au chômage qu'en bossant pour eux mais que comme t'es pas une feignasse (ils apprécieront) tu veux le job (ça va les rassurer tout en restant en retrait). Ceci dit, feignasse ou pas, t'aime pas te faire entuber (ils vont te trouver malin et te voudront encore plus) donc ils doivent te payer mieux (surtout que ça ressemble vachement à de la responsabilité de gérant ça) et que tu veux le véhicule de livraison comme véhicule de fonction pour rentrer chez toi qui est loin.
Je te laisse tourner ça avec des jolis verbes ^^
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Re: Votre travail

Messagepar Moe » Lun 28 Oct 2013 20:04

Finquel a écrit:C'était à La Mulatière vieux!


Bon bah j'étais pas loin !

Finquel a écrit:Explique leur carrément le truc! Que tu vas toucher autant au chômage qu'en bossant pour eux mais que comme t'es pas une feignasse (ils apprécieront) tu veux le job (ça va les rassurer tout en restant en retrait). Ceci dit, feignasse ou pas, t'aime pas te faire entuber (ils vont te trouver malin et te voudront encore plus) donc ils doivent te payer mieux (surtout que ça ressemble vachement à de la responsabilité de gérant ça) et que tu veux le véhicule de livraison comme véhicule de fonction pour rentrer chez toi qui est loin.
Je te laisse tourner ça avec des jolis verbes ^^


Pour le véhicule de fonction il m'ont dit direct que c'était mort, je crois qu'ils avaient envisagé le fait que je rentre chez moi avec, mais non en fait. Sinon concrètement c'est ce que je leur ai dit hein. Bon ils m'ont toujours pas rappelé du coup, ça commence à pas sentir bon :/ Je les appelle demain, on verra ce que ça donne.
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Re: Votre travail

Messagepar Finquel » Lun 28 Oct 2013 21:08

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