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l'industrie de la musique

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l'industrie de la musique

Messagepar caro » Dim 26 Déc 2010 14:40

Bon, le titre est vaste, peut-être trop, mais j'ai le souvenir de débats sur le téléchargement et autres sujets en lien avec "l'éthique" dans la musique, de la musique, etc.

J'y ai pensé parce que je suis en plein revival Berurier Noir comme régulièrement, et je suis tombée sur cette émission de 1987: Ciel mon mardi...
Quasiment le seul, voire le seule, plateau tv des Béru, en compagnie de François des garçons bouchers et de Gogol ( :D ). Face à eux, Gérard Louvin et d'autres (connards) de CBS et Virgin, ainsi que deux autres vieux (cons). Et entre les deux J-L Aubert.
Un public de euh...TF1 quoi...je crois qu'il a pas changé celui-là.

Intéressant car le débat n'a pas bougé depuis cette époque. Une jeunesse qui revendique de l'alternatif, l'authenticité, la sincérité, qui aimerait développer un esprit rock comme le dit François des Bérus à un moment, des labels indépendants, etc. face aux majors qui vendent, "développent" des produits au mépris de l'originalité et de l'art dans son ensemble.
Intéressant aussi à cette époque où c'était le rock et non encore le rap qui étaient LA musique de rue. Les Béru étaient issus du mouvement des squats par exemple. Intéressant en fait de voir que cette jeunesse là clouée au pilori et dont la révolte était toujours malmenée par les pontes qui leur font face n'est pas bien différente de celle d'aujourd'hui.

Bref, les deux ne parlent tellement pas le même langage que finalement la discussion n'avance pas. Les uns un peu dépassés par l'émotion et les autres vieux débiles avachis ("vous ne nous respectez pas !"), commerciaux qui pourraient tout autant vendre du pâté en croûte que du rock. ("développer ! Développer ! Mais c'est quand même pas un fromage ! =D ) A un moment, le seul moyen que trouvent les béru c'est de sortir la guitare...
Bon, ça reste drôle et très axé vanne parfois, mais ils font ce qu'ils peuvent pour se défendre et je le trouve touchants devant le mépris ambiant.





Louvin est une merde.

(et pour le plaisir, hymne d'une jeunesse alternative:
)

:pig:
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Re: l'industrie de la musique

Messagepar Moe » Dim 26 Déc 2010 15:14

Je l'avais vue cette vidéo, c'est bien n'importe quoi (enfin c'est Ciel Mon Mardi quoi), entre les producteurs et leur mauvaise foi sans fond et les punks qui font aucun effort pour être compris, le schmilblik avance pas des masses. D'ailleurs ce con de Dechavanne est complètement blasé avant même que ça commence :D Bref le débat est intéressant à la base mais c'est pas avec ces mecs-là qu'il faut le faire... Les Béru, malgré tout ce qu'ils ont apporté au rock en France, ils sont quand même pas bien haut de plafond... C'était l'occasion rêvée de mettre une misère à Louvin et aux autres guignols et au final, c'est presque eux qui passent pour les "gentils". C'est quand même con, hein.
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Re: l'industrie de la musique

Messagepar caro » Dim 26 Déc 2010 15:25

oui voilà, mais après je sais pas s'ils sont réellement bas de plafond...là je les vois plus comme étant dépassés par l'effet plateau télé et ils ont clairement pas les mots pour s'exprimer...un peu désarmés quoi...
Ils ont toujours dit de toutes façons qu'ils faisaient de la musique, des concerts (qui étaient quand même de sacrés catalyseurs de tout un tas d'émotions, de violence, de rage, etc,avec leur mise en scène qui jouait le spectacle à fond) et pas comme des meneurs ou portes parole...
J'ai mis ça parce que on voit bien cet écart entre eux et les pros du discours en face. Les mots face à de l'émotion brute qui peine à s'exprimer en dehors de la musique...Ils se tirent un peu une balle dans le pied c'est sûr, et en même temps ce qui ressort aussi c'est leur sincérité je trouve.
Mais moi ça m'agace toujours de voir qu'au final c'est ceux qui parlent le mieux qui s'en sortent, même si en face il y a des valeurs et du fond...
Ca m'arrive souvent ça d'ailleurs, quand je suis agacée par un truc et que les mots en viennent à manquer, bah du coup c'est l'émotion qui l'emporte et j'arrive pas à organiser ma pensée. Bref.
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Re: l'industrie de la musique

Messagepar Yoan » Lun 27 Déc 2010 17:22

Triste cacophonie montée de toutes pièces par une émission qui présentait la particularité de tourner en pugilat plus ou moins inaudible n'importe quelle question de fond, fut-elle intéressante. Je ne sais pas si on se rend compte : même une pointure telle que Bourdieu était déjà tombée dans le piège du plateau télé'. Les armes nécessaires à la survie en milieu hostile dépassent me semble-t-il de loin l'érudition ou la seule capacité à s'exprimer de façon pertinente, il faut gérer des paramètres particuliers et quasiment être formé pour ça. Si une émission est pensée de façon à survoler des sujets en générant l'enflammade générale, c'est quasiment fichu d'avance. D'ailleurs, l'espèce d'énorme trou du cul qui dénonce une pluie de lieux communs devrait entre autres accabler TF1, parce que "Ciel Mon Mardi" n'a que très rarement permis autre-chose. Ce n'est certainement pas un hasard.
Bref, là on présente en bêtes curieuses des gars qui savaient transmettre une énergie et des émotions à travers leur musique, quoi qu'on puisse en penser, mais qui ne sont absolument pas rompus aux rouages de la télé'. Considérant d'ailleurs à quel point les circonstances ne leur étaient que très peu profitables, je trouve qu'ils ne s'en sont pas si mal sortis.
J'ai bien aimé les quelques rares interventions de Jean-Louis Aubert par ailleurs, je crois que j'aime bien ce mec.

Mais plutôt que la question insoluble de savoir ce qu'est le Rock, et au vu de ce qui se passe encore aujourd'hui, la véritable question à poser à ceux qui se définissent eux-même comme les intermédiaires marchands d'un art, demeure celle-ci : faîtes-vous bien votre boulot ? Et si oui, pourquoi les radios rabâchent-elles alors un pourcentage d'artistes ridicule au sein d'un ensemble qui n'a peut-être jamais été aussi riche ?
Les Bérus l'ont d'ailleurs fort justement souligné en fin d'émission, lorsqu'ils réclament des diffusions plus diversifiées, et dénoncent le matraquage dévolu à promouvoir une minorité. Mais à ce stade de l'émission, c'est déjà trop tard, plus personne ne veut entendre. Ce point est pourtant d'autant plus intéressant que je considère que ça a empiré.
On pourra toujours dire que les masses bêlantes sont coupables de ne pas s'investir plus, et de ne pas voir au-delà des têtes d'affiche médiatiques, mais elles ne le seront jamais autant que les organes professionnels et financiers qui en sont à la base. Maisons de disque, distributeurs, radio', télé' etc.
Il y a un exemple un brin pathétique que j'aime ressortir à chaque fois pour illustrer à quel point on nage dans le formaté, du moins en France. Vous vous souvenez du tube de Nickelback, "How You Remind Me" ? On ne peut pourtant pas dire qu'on soit en présence d'un brûlot Rock choquant pour la ménagère élevée à Goldman et Cabrel, et pourtant : pour faciliter les passages radio', ils ont été jusqu'à virer la piste guitare électrique, de sorte à ôter au morceau ce qu'il pouvait encore comporter de heavy.
Putain, on en est là. Et ce n'est évidemment pas un choix du groupe. Un remix club-dance d'un titre de Offspring avait de la même façon été diffusé en France, en lieu et place de la piste album, sans leur accord. Et bien évidemment dans ces cas-là, on s'étonne de ne jamais trouver le fautif.
Je l'ai déjà dit, donc je le répète : dans les 90's, on diffusait encore des morceaux à grosses guitares sur les ondes grand-public. Nirvana, RATM, Smashing Pumpkins et tant d'autres. Aujourd'hui, ça n'existe plus, il faut en passer par des réseaux confidentiels qui n'existent que grâce au Net, et plus spécifiquement au 2.0. C'est à dire que l'émetteur de contenu, c'est le public lui-même, souvent via des voies illégales. Je n'ai pas confirmation de ça, mais il serait par exemple intéressant de savoir ce qui, sur Youtube, est mis en ligne de façon illicite par le quidam, et ce qui relève d'une démarche d'un label. A une époque, le différentiel était monstrueux puisque grosso-modo, seuls les internautes lambda s'occupaient de remplir le site. Possible que ça ait changé aujourd'hui. Les vidéos retirées suite à des réclamations pour droit d'auteur se sont en tout cas multipliées (Green Daze, t'as essayé de lire les vidéos des Foo Fighters que t'as mises en liens sur le topic éponyme ?), et pour mon cas, je n'ai aucune autre alternative que de recourir au Net pour les voir, via des infractions banalisées à la loi, encore une fois. La situation dans laquelle on se trouve est grotesque.
Et en attendant de voir ce que la multiplication des chaînes et la personnalisation de l'offre entraînera à moyen terme - seulement pour ceux qui ont l'argent, jusqu'ici - le formatage de la musique via ce qu'en dévoile la vitrine médiatique est à rougir de honte. Et là, ils peuvent me baratiner ce qu'ils veulent, c'est bien de leur faute, et certainement pas celle des internautes qui téléchargent ce qu'on ne peut souvent pas trouver/entendre ailleurs de toute façon.
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Re: l'industrie de la musique

Messagepar Moe » Lun 27 Déc 2010 19:30

Je n'ai pas confirmation de ça, mais il serait par exemple intéressant de savoir ce qui, sur Youtube, est mis en ligne de façon illicite par le quidam, et ce qui relève d'une démarche d'un label. A une époque, le différentiel était monstrueux puisque grosso-modo, seuls les internautes lambda s'occupaient de remplir le site. Possible que ça ait changé aujourd'hui. Les vidéos retirées suite à des réclamations pour droit d'auteur se sont en tout cas multipliées (Green Daze, t'as essayé de lire les vidéos des Foo Fighters que t'as mises en liens sur le topic éponyme ?), et pour mon cas, je n'ai aucune autre alternative que de recourir au Net pour les voir, via des infractions banalisées à la loi, encore une fois.


Là maintenant j'ai pas le temps de faire un pâté, mis déjà un truc qui me sidère c'est ça. Une vidéo c'est pas un outil promotionnel à la base ? Je comprends même pas le but de la démarche, les mecs ils ont pas pensé au fait que diffuser lesdites vidéos le plus possible leur ferait certainement vendre plus d'albums ? Y'a un truc qui m'échappe, franchement.
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Re: l'industrie de la musique

Messagepar Yoan » Lun 27 Déc 2010 22:19

Disons qu'une application jusqu'au-boutiste des principes de droits d'auteur aboutit régulièrement à des aberrations de cet acabit. Souvent, il y a des DVD en jeu, parfois, je suis bien incapable de trouver une once d'explication valable.
Et pareil, ça me saoule grave.
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Re: l'industrie de la musique

Messagepar Yoan » Mar 11 Oct 2011 20:32

caro a écrit:je me disais que la littérature était l'art le plus malmené en fait. Tout le monde lit finalement, même ceux qui disent ne jamais lire, ne serait-ce que par internet. On lit tout le temps, sans même y faire attention. Et la littérature est à ce point dévaluée que dès que quelqu'un lit, peu importe ce qu'il lit, on le félicite. Alors j'imagine un instant le parallèle avec la musique, et il me semble qu'on en est pas encore là. Les critiques demeurent plus vives et rarement on se contente d'un "bof, il/elle écoute de la musique, c'est déjà bien."


Je comprends, mais j'ai du mal à voir les choses comme ça.
Déjà, pour évacuer un premier point qui me laisse perplexe : "lire", si ça signifie passer son temps à faire tourner des conneries criblées de fautes sur Facebook, ou se rencarder sur le programme TV, alors oui, tout le monde lit. Mais tout le monde n'approche pas des objets de littérature, passées les obligations scolaires. Et là, j'ai pas mal d'exemples en tête. Des gens pour qui l'idée même d'ouvrir un bouquin provoque des rires gras, et des "Nan mais vazy, t'as cru j'étais qui ?"
Et pour ma part, je réfute l'idée selon laquelle Internet comble le manque. Chez certains, je pense même qu'il a même tendance à l'accroître, parce que même les lectures obligatoires aujourd'hui, on peut se les épargner via Google et Wikipédia. J'aimerais pas être prof', putain.
Je connais même des gens qui ne connaissent ni Marc Levy ni Guillaume Musso, mais qui évidemment connaissent Christophe Maé.
Et je ne parle même pas du taux d'illettrisme, qui est simplement environ 10 fois plus élevé que celui que j'imaginais.

Donc je ne sais pas si "lire", au sens passer des heures à s'enfiler des pages sans image, c'est "déjà bien", mais je maintiens en tout cas que tout le monde ne le fait pas. D'ailleurs, une discussion "littérature", pas forcément sur un forum mais ne serait-ce qu'au détour d'un blablatage spontané, déjà c'est infiniment plus rare, mais ça en laisserait surtout beaucoup muets. Et on vous dirait : "Bof, moi je ne lis rien".
La même discussion sur la musique, tout le monde pourra vous répondre. Qui en effet vous dira "Bof, moi j'écoute rien" ? Avec même le grand classique "J'écoute de tout, j'suis pas difficile" (comprendre : "Si c'est pas comme à la radio, j'vais trouver ça chelou, quand même"). Mais ça c'est rien : le 113 a reçu une victoire de la musique, les Beatles ont servi à faire vendre des téléphones portables, Portishead des produits laitiers, ou Schubert du jambon Madrange. Les radio sont des usines à caler des morceaux consensuels entre deux pages publicitaires, et sans arrêt, partout et tout le temps, la musique envahit l'espace public sans exigence aucune : au supermarché, chez le coiffeur ou à la télévision. Et sur ce dernier point, autant on prend des gens légitimes et un tant soit peu crédibles pour critiquer le bouquin de Laurence Boccolini (Eric Naulleau ou Zemmour), autant quand il faut recevoir Lady Gaga, 50 Cents ou Cali, n'importe quel crétin fera l'affaire. Quid du fait qu'il doit exister des chroniqueurs ou des critiques compétents en la matière, on s'en branle, il ne s'agit "que" de musique. Caro évoquait le craquage de Hondelatte récemment chez Ruquier, en me disant qu'il n'était nul besoin d'être spécialiste pour le critiquer. Certes, mais vous l'avez entendue, Polony ? "Bon la musique c'est intéressant, mais vos paroles mon Dieu... Pourquoi vous ne les avez pas faites écrire par quelqu'un d'autre ?" Du Zemmour quoi : j'y connais strictement rien, donc je vais parler du texte pour passer le temps.
Alors je sais pas, moi j'ai vu pas mal d'émissions de divertissement où un échange intéressant s'instituait entre un écrivain et un animateur. En revanche, je me souviens avoir entendu Christine Bravo - oui, je dis bien Christine Bravo - démolir le premier album d'Arcade Fire d'un laconique "ça me fait chier", pour dans la seconde d'après chanter les louanges de Natasha St-Pier.
Et j'ai pas fini... Pendant que les lives sur Canal, qui pendant longtemps ont plus que sauvé les meubles, meurent à petit feu - le niveau baisse inexorablement - se sont développées les émission de Real TV telles que "La Nouvelle Tare" ou la "Tare ac". Des émissions dont on a dit "Bon alors OK, Loft Story c'était de la merde, mais là c'est pour aider des gens de talent". Et que de talent ! On se fait la liste des génies de la musique qui ont massacré Nirvana dans des reprises à se pendre ? Non, hein.
On continue de se servir de la musique comme d'un alibi cheap pour vendre du purin à la télé. Elle est tellement vulgarisée que plus personne n'y prête attention, et je n'arrive pas à trouver Art plus récupéré par la société de consommation que celui-ci.
Et autant Marc Levy, en dépit de son succès suscite la polémique jusque sur sa page Wiki, autant "tout le monde" est persuadé que Yannick Noah fait vraiment du Reggae.

Mais tout ça est très culturel. En France on aime le verbe, nous sommes le pays des grands auteurs que le monde nous envie... Mais la musique, ça doit être un truc pour les anglo-saxons, faut croire.
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Paint » Ven 24 Fév 2012 22:52

Didier Barbelivien: "J'ai perdu 70 % de mes revenus en huit ans à cause du téléchargement".

Didier, Didier, Didier... Laisse moi t'expliquer. Tu as perdu 70% de tes revenus parce que: 1) les gens ont enfin compris que tu écrivais de la merde 2) parce que 70% des gens qui t'écoutaient sont morts. Grand âge.

Et puis franchement, les gens en âge de télécharger, ils ont d'autres merdes à prendre en priorité. Justin, Jenifer, One Direction, tout ça.
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Moe » Sam 25 Fév 2012 22:30

C'est quoi One Direction ?
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Auré » Dim 26 Fév 2012 00:35

Moe a écrit:C'est quoi One Direction ?

Je voulais chercher justement parce qu'ils en ont parlé dans le dernier "Touche Pas À Mon Poste", en nous montrant des groupies pleurer de joie dont une qui a dit "ça peut sembler beaucoup mais pour moi c'est beaucoup". Je me suis dit qu'il fallait que je sache qui provoquait ces choses là... Du coup, j'ai la réponse en même temps que toi.

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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Yoan » Dim 26 Fév 2012 02:57

Paint a écrit:Didier Barbelivien: "J'ai perdu 70 % de mes revenus en huit ans à cause du téléchargement".


Le mec est visiblement doté de capacités intellectuelles tout à fait équivalentes au niveau de profondeur de ses textes.
Malheureusement, il n'est pas le seul à colporter ce raccourci complètement crétin qui consiste à considérer que tout ce qui est téléchargé représente un manque à gagner. En supposant même que "Didier Barbelivien" figure parmi les mots clés les plus souvent utilisés pour des relais vers des sites de téléchargement illégaux - hypothèse déjà ô combien hilarante - j'aimerais savoir s'il est vraiment débile au point d'imaginer que tous ces internautes aux pratiques douteuses auraient acheté ses croûtes musicales ringardes.
Parce qu'en raisonnant comme ça, on peut aligner d'autres conneries aussi : sans le téléchargement, les ventes de disques seraient aujourd'hui 5 à 10 fois supérieures à ce qu'elles étaient avant son existence.

Ou alors - supposition moins arrangeante pour les ego boursouflés - peut-être surtout que le téléchargement a permis à ceux qui n'achetaient que peu de disques, d'écouter plus de musique. Et d'acheter moins de merdes.
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Trollou » Dim 26 Fév 2012 13:25

Yoan a écrit:Malheureusement, il n'est pas le seul à colporter ce raccourci complètement crétin qui consiste à considérer que tout ce qui est téléchargé représente un manque à gagner.


S'il ne représente pas un manque à gagner il représente quoi?

En supposant même que "Didier Barbelivien" figure parmi les mots clés les plus souvent utilisés pour des relais vers des sites de téléchargement illégaux - hypothèse déjà ô combien hilarante - j'aimerais savoir s'il est vraiment débile au point d'imaginer que tous ces internautes aux pratiques douteuses auraient acheté ses croûtes musicales ringardes.


J'imagine qu'il ne compte pas seulement les chansons qu'il chantait lui mais également celles qu'ils à écrites pour d'autre (je ne m'avance pas, je ne pousse pas le vice à connaître toute sa production, néanmoins c'est sans doute une partie de ses revenus auxquel on ne pense pas)

Ou alors - supposition moins arrangeante pour les ego boursouflés - peut-être surtout que le téléchargement a permis à ceux qui n'achetaient que peu de disques, d'écouter plus de musique. Et d'acheter moins de merdes.


C'est sûr que si plus personne n'achète rien, on n'achète plus de merdes, bravo pour le raisonnement.
Payer pour des merdes finance aussi le reste de la production. C'est le cas pour le cinéma comme pour la musique il me semble.
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Yoan » Dim 26 Fév 2012 14:32

Bonjour.
Tu portes tellement bien ton pseudo que je ne suis pas certain de devoir répondre.

Mais je persiste : parmi tout ce qui est téléchargé - et tu aurais pu le comprendre si tu avais fournis un petit effort de relecture - je ne vois pas comment on peut se contenter d'un calcul aussi simpliste que de dire que ça représente autant de ventes perdues. La vérité, c'est plus probablement de considérer que l'on se permet de télécharger des choses que l'on n'aurait de toute façon jamais achetées. Alors reporter les deux valeurs et considérer qu'elles sont égales en toutes circonstances, c'est au minimum une insulte à la logique.

Maintenant, moi je veux bien que l'on discute d'un nouveau modèle, parce que je pense aussi que la licence globale a ses défauts. Et j'ai déjà fait part ailleurs de mon attachement à l'objet disque, de mon refus de voir la musique consommée comme un bien immatériel en entassant des MP3 décontextualisés. Alors on peut en débattre dans un topic plus approprié, mais ça ne m'empêchera jamais de penser que la phrase de Barbelivien citée par Paint est presque gênante tant elle est pathétique. Je peux concevoir que ce soit commode de mettre en exergue le téléchargement et ses conséquences "désastreuses", pour ne pas avoir à se remettre en cause soi-même, mais c'est le genre de conneries qui n'aide pas à discuter.
Quant à ta conclusion finale, c'est bien joli de sortir de ton chapeau un "Si plus personne n'achète plus rien", mais encore une fois, avec des clichés pareils, je suis pas certain qu'on parte sur des bases saines. Qui a dit ça hormis toi ? D'ailleurs, j'imagine qu'il s'en vend toujours beaucoup, des "merdes", en fait.
Mais, jugements de valeur mis à part, je suis prêt à défendre l'idée selon laquelle la péréquation économique - le fameux "les gros financent les petits" - a consisté en un foutage de gueule gigantesque. Sérieusement, l'avènement du Net et du téléchargement a "tué" les petits artistes, ou a contribué à les révéler ?
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Paint » Lun 27 Fév 2012 11:14

Trollou, tu feras une bise a Nico et Didier ce soir ! C'est quoi le plat du jour au Fouquet's ?

Et hors blague douteuse, moi le sale jeune qui télécharge, qui tue les artistes, j'achete en moyenne 3 CD par semaine... En Angleterre, la ou je vis, et ou les CD sortent a environ £8-£9, et pas 18€. Ouaip, ca fait une petite difference. Mais ca, on y pense pas.
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Klimt Eastwood » Lun 27 Fév 2012 23:09

Ce qui est surtout amusant dans ce qu'a posté Paint plus haut c'est que Barbelivien n'avait rien sorti depuis un paquet de temps donc j'imagine que sa baisse des revenus est aussi liée à son manque de production. Par ailleurs il sort cette année un album qui marche quand même plutôt très bien et c'est d'ailleurs à mon avis la raison pour laquelle on l'entend parler aujourd'hui. J'imagine que pour beaucoup d'entre nous quand on pense Barbelivien on pense surtout Barbelavie des Inconnus. Je ne vous fais pas de dessin.

Mais trollou a entièrement raison dans sa dernière phrase. Il n'y a pas que les merdes qui vendent moins. Je serais même tenté de dire que c'est elles qui se s'en sortent le mieux (même si elles vendent moins ça c'est certain). Je ne pense pas qu'il faille raisonner qu'en terme de fric. Ou alors si tiens, je vais le faire. Si le prix des place de concert a beaucoup augmenté depuis 2002 c'est pas pour rien. Enfin, j'imagine et j'espère. Théorie du vase communiquant, ce qu'on perd dans l'un on le rattrape dans l'autre, ou du moins on essaye.
Malheureusement je pense que quand on parle de dématérialisation on a souvent une vision assez étroite du problème. On en fait souvent une guerre entre riches et pauvres alors que c'est bien plus complexe que ça. On parle de découverte grâce au net et on a raison d'en parler. Mais on parle aussi de découverte comme s'il s'agissait uniquement d'autoproduction. Je pense connaitre yoan et je suis certain de son honnêteté quand il dit que le net lui fait acheter des skeud. Lui a bien pigé que ce qu'on trouve sur le ouaib peut être également distribué. Mais peut être également de moins en moins ou de moins en moins bien.

Chronowax, Discograph, Nocturne pour ne citer qu'eux c'est autant de maison de disque qui avaient des catalogues de fou furieux et qui sont mortes. Des artistes ils en signaient un paquet...peut être trop ? Est ce que ça ne les a pas un peu tué. M^me avec quelques bons vendeurs dans leur stock ils sont morts. Et cette année Naive est sauvé par Adele. Une partie de leur catalogue avait été déjà repris par Harmonia. Si elle n'avait pas été là celle-ci !
Alors il y en a qui font de la résistance comme Differ-Ant (pour moi la maison de disque qui a vraiment les meilleurs produits en france !)qui a d'ailleurs repris une partie du catalogue de chronowax, Pias (même si fut un temps ou pias était presque une petite major, une majorette en somme), la baleine (mais plus pour longtemps ça c'est sûr), Mosaic, Musicast ou l'Autre Distribution . Si il y a encore des personnes qui sont attachées au support il y en également beaucoup qui ont carrément laissé tomber.

Le net, deezer, spotify en tête sont vraiment de super moyens pour découvrir des artistes. Découvrir oui, mais pour certain c'est devenu une finalité. Je ne sais plus qui disait sur ce même forum il y a quelques mois "qui a encore une platine cd ?" sur le forum d'un groupe de zic. Il faut avoir les bollocks bien accrochées pour la sortir celle-là. Mais ça ne choque plus personne. Le téléchargement est devenu une habitude voilà tout. Le plupart d'entre nous sommes nés en 83, on est de la génération CD. Il faut penser qu'il y a une génération internet, qui n'a que pour CD ceux qu'on leur a offert à noel.
Nous sommes nous aussi désormais une génération qui utilise ce moyen pour les découverte. Je l'utilise également, comme la presse, comme les gens (oui les gens sont un formidable moyen de faire des découvertes). Moi j'ai toujours cru yoan quand il dit avoir acheté un paquet de skeud en ayant téléchargé avant. Mais j'en vois d'avantage le dire en essaynt de se donner bonne conscience. "c'est un super moyen d'aider les petits artistes". De quels petits artistes on parle ? Je pose la question ici sur le forum. Il ya qu'à voir les top CD 2011 postés dans un autres sujet (exception faite de morning). Yoan t'as fait un effort t'as pris presque uniquement des artistes sortis chez Pias. Foo Fighters c('est chez sony t'aurais pu t'abstenir. Bien entendu je rigole quand je parle d'effort. Une fois encore on se retrouve avec la plupart des artistes signés chez des majors et qui bénéficient donc généralement d'une meilleure mise en avant. Mais une nouvelle fois je cherche "les petits". Kurt Vile, Battles, Hanni el Katib, Earth, And so i watch you from afar, Archie Bronson Outfit, Mike Harvey, Idaho, Zëro, Ty Segall, Bill Ryder Jones (ancien mec de the coral, groupe vénéré entre autre par noel gallagher ou les arctic monkeys qui a sorti en fin d'année un album absolument fabuleux).
J'en vois des mecs dans mon magasin qui me prennent de haut en me demandant si j'ai pas tel ou tel truc et essayent de me donner des leçons de gouts. Les mecs je les vois une fois dans l'année et ils viennent me juger. Les mêmes mecs qui parlent d'aider les petits artistes en téléchargeant et acheter le dernier foo fighters sans même faire gaffe qu'à côté à la lettre 'F' il y a un super album de Fugazi ou le dernier magnifique album de The Feelies sorti chez la baleine. Les vla qu'ils se prennent pour des robins des bois. Il volait au riches pour donner aux pauvres, pas l'inverse. Mais voilà que je pars dans ma passion, je ne me contrôle plus. Désolé.

Il ne faut pas penser que tout le monde a une éthique, une volonté d'aider les artistes, de découvrir via le net et d'acheter ensuite leur art. Beaucoup s'en balancent. Les comportement ont changés mais également les priorités. Aujourd'hui la musique n'est plus un bien culturel et ludique qui intéresse du monde. Il y a eu l'explosion du jeu vidéo et maintenant de produits technologiques bien souvent plus gadget que véritablement utiles. Dans le même temps le panier moyen d'un consommateur n'a pas franchement augmenté loin s'en faut. Ce qui nous vient à entendre des réfélxions du style "putain il est reuch le skeud" (ou il est pas donné le bouquin... c'est selon) dans la bouche d'un mec qui un peu plus tard va acheter le dernier modern warfare 3 sur xbox ou va remplacer son téléphone portable qui fonctionnait toujours par un autre. Nous ne sommes pas dans le même rapport de prix, faut pas déconner. Mais à force de l'entendre ça rentre dans la tête et du coup ça devient une évidence. D'autant plus que les prix des disques baissent. Du coup ce qui paraissait comme un prix convenable par le passé semble pour beaucoup de personne indécent aujourd'hui. A ce titre Paint, tu sais bien que je t'adore, mais depuis quand t'as pas foutu les pieds chez un disquaire en France ? Des disques à 18 euros t'en trouveras c'est sûr. Mias c'est une minorité aujourd'hui. Il reste malgré tout des discographie complètes d'artistes à ce prix là (je pense à tool par exemple ou à quelques euros près les beatles mais c'est les deux seuls exemples qui me viennent à l'esprit) mais c'est très marginal. Il y a eu beaucoup d'effort de fait là dessus mais à un moment les CDs tu n peux pas non plus les brader. Il y a de plus en plus d'offres promotionnelles ou tu trouves un choix tellement abondant de CDs à 6,99 (dont un offert à l'achat du cinquième) que tu sais plus par ou attaquer le bac. On voit de plus en plus de CDs qui se vendent à leur sortie en dessus de 12 euros et pas qu'un peu. Enfin comme je dis à un moment on ne peut pas brader les prix. J'ai aussi vu dans plusieurs pays anglo-saxons des magasins vendant que des best sellers (ces mêmes qui se retrouvent chez nous dans les opération). Si au départ j'ai été content de me reprendre le soundgarden que j'avais paumé j'ai vite eu un regard très critique. T'achètes là dedans que ce que tu connais. Elle est où la découverte ? Mais là je sens que je m'égare. En tout cas il ne faut pas penser que le téléchargement vient uniquement de prix du CD c'est faux. Je pense pour ma part que les médias qui ont de l'importance, je parle surtout de la télé ne jouent pas assez leur rôle d'information, de transmission. La radio ça va encore, même si ça a vachement régressé. Heureusement qu'il y a France Inter. La presse c'est encore ce qu'il y a de mieux en france. Noise, Magic, Obskure, telerama (qui a changé de ton et ça fait du bien). Malheureusement elle n'est plus vraiment lu. D'ailleurs est ce que Xroads existe encore ? je ne le vois plus en kiosque. Mais là télé putain c'est catastrophique. Or le comportement de quelqu'un de normal c'est pas forcément de chercher pour trouver. M^me pour moi qui recherche toujours à découvrir je trouve ça parfois fatiguant alors je comprends les gens qui se contentent de prendre ce qu'on leur montre. Je ne leur en veux pas à eux, j'en veux à ceux qui ne font pas leur métier d'informer la population de ce qui existe. C'est d'ailleurs pour ça que je fais mon boulot. Parce que je suis un passionné déçu par les autres alors je me fais un devoir de conseiller, d'orienter, de faire découvrir. Pas évident je vous jure. Surtout qu'on n'est pas nombreux pour une petite surface. Parce que le disque c'est plus rentable. C'est pas une légende. Et pour discuter avec mon responsable de "comment c'était avant ?" je me rends compte que les proportion sont complètement différentes mais que le top album sera tout le temps constitué des mêmes artistes. Par contre ils vendent vachement moins, mais il y a pas qu'eux et ce ne sont pas les plus à plaindre. Ce qui sont dans la merde, c'est ceux qui sont signés chez les indés.
Quand on parle de téléchargement en bien ou en mal on ne voit souvent que la partie visible de l'iceberg. On fait des stéréotypes parce que c'est plus simple à comprendre. Les riches d'un côté qui veulent gagner plus et les pauvres d'un côté qui emmerdent les riches, les Jean Valjean. C'est une connerie de voir les choses comme ça mais malheureusement jusqu'à présent les débats sur le sujet ne sont jamais allés plus loin que ça.
Il y a énormément de métier qui gravitent autour de la musique qui sont concernés par la baisse des ventes de CD (oui parce que là c'est un fait, il faut appeler un chat un chat) et qui en souffrent. ET malheureusement bien souvent ceux qui sont le plus passionnés parce qu'ils font.
Alors avoir la volonté de freiner au moins un peu ce phénomène pour non pas créer des emploi mais faire en sorte de ne pas en perdre je comprends pas comment ça pourrait être une mesure de droite. Désolé mon pote mais là je te vise Paint. Trollu n'a pas été agressif, ne lui tombe pas dessus comme ça dès son premier message en parlant de sarko et de fouquet's, t'es pas dans tes pompes aujourd'hui.

J'ai l'impression d'avoir encore des choses à dire mais j'ai tellement tout laché d'un coup sans savoir à l'avance ce que j'allais dire que je me suis perdu. Mais enfin j'espère que vous avez capté.
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Yoan » Mar 28 Fév 2012 01:18

Trollou m'a adressé un ironique "bravo pour le raisonnement" en faisant un rapprochement relativement clair entre son "Les gens n'achètent plus rien", et le téléchargement. Or, non, il n'a pas raison. Et puisque tu voulais t'émanciper des clichés, il me semble quand même que quand on déballe un pseudo-argument aussi faible, on a le droit de s'entendre dire deux ou trois trucs.
Donc, je remettrai ça en précisant d'une part que les (très) gros vendeurs existent toujours, et d'autre part que quand il n'était permis à personne de télécharger, les "petits" groupes dont tu parles étaient encore plus confidentiels qu'aujourd'hui. Une phrase que j'ai retenue dans ton argumentaire concerne le "manquement à l'information". Et ça en effet, c'est une tare médiatique grave. Une tare qui date méchamment. C'est le défaut originel, celui-là même que Victor Hugo conspuait lorsqu'il disait, déjà en 1878 : "Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient — le mot n’est pas trop vaste — au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous." Ça marche tout autant avec le disque, et ça dit tout : l'absolue priorité, c'est le libre accès à la culture. Pas une culture dévoyée façon "confiture pour les cochons", au sein de laquelle on massacre l'essentiel : le sens de l’œuvre. Je veux une culture accessible et qui a du sens. Et voir fleurir des Ipods surchargés d'albums indistingués qui tournent en shuffle, je trouve que ça donne déjà un indice des modes de consommation bourrins au sein desquels l'unicité de l’œuvre est évidemment mise à mal. D'abord on empile, ensuite, éventuellement, on écoute. Je connais pas mal de gens qui n'ont effectivement jamais écouté certains des albums qu'ils ont "stockés" en entier ou dans l'ordre. Comme si le disque n’avait pas été pensé artistiquement pour avoir un début et une fin. Et à ce niveau, je trouve que la dématérialisation, c'est aussi le désenchantement. Je l'ai déjà dit, et je le répète.
Alors chacun va se justifier de ses pratiques, en disant "Non, moi je fais comme ça, pas de problèmes", mais globalement, je trouve qu'on décontextualise de plus en plus, qu'on dilue des fichiers dans un réceptacle à MP3. On est en passe de faire la même chose avec le livre, et ça m’enthousiasme autant que l’idée de me lever assez tôt chaque dimanche pour mater Téléfoot.

Après, ça aussi je le répète, je suis un amoureux de l’objet. J’en suis à décorer mes murs avec mes CD et vinyles. Et si je télécharge, c’est surtout pour choper des raretés que jadis, quand j’avais 13 ans, j’essayais de glaner dans des boutiques spécialisées Bootlegs, B-sides, raretés, et autres lives pirates. Dans l’idée, dégager Megaupload et tous ses équivalents, ça me priverait donc surtout de mes quelques centaines de lives au son plus ou moins audible, qui sont avant tout des trophées de fans, et qui n’emmerdent personne. Mais qu’en marge de ça on essaie de réguler les modes de distribution, notamment pour donner du sens à ce qu’on choisit de "posséder", ça me semble effectivement essentiel. Pendant longtemps, j’ai justifié le téléchargement illégal et gratuit par le fait que les médias jouaient très mal leur rôle de diffuseur. L’écrasante majorité des artistes dont j’achète les disques aujourd’hui, je les ai connus via le téléchargement, ou via des circuits de partage illégaux. Mais si Spotify, Deezer ou Grooveshark deviennent des vitrines complètes d’une offre musicale enfin décemment représentée, il faudra reconsidérer cet argument. M’est avis qu’on n’en est pas encore tout à fait là, mais à terme, j’imagine bien en effet d’un côté des super plates-formes de lecture, et de l’autre des "objets" auxquels il faudra donner une plus-value. Quitte à se faire une raison et se dire qu’on en vendra moins de toute façon. Parce que j’imagine que tout le monde n’est pas comme moi, à se montrer incapable de ressortir d’une FNAC sans 3 ou 4 disques sous le bras.

Tout ceci étant dit, je reste persuadé que Hadopi est une injure au concept même de culture. C'est une loi à la con pour protéger une structure marchande et une logique capitalistique rétrograde. Ça n'a pas de réel fondement philosophique, et ça relève selon moi d'un défaut de penser rédhibitoire : un bien culturel n'est pas un produit de consommation comme un autre, et parce que les médias n'ont pendant des décennies daigné ne diffuser que 0,001% de la vitrine musicale globale, ils ont mérité de voir le téléchargement exploser, non pas tant parce que c'était gratuit, mais parce que ça ouvrait des portes nouvelles. Entendre Messier ou Pascal Nègre fustiger Kazaa et les premières plate-formes de DL, en y allant du couplet "Voyez ce que vous faîtes, vous tuez les petits artistes", alors qu'ils n'en ont jamais rien eu à foutre, et qu'ils se seraient bien contentés de matraquer en toute quiétude leur petite quinzaine d'artistes consensuels et/ou ou jetables pour vendre des albums comme des yaourts, c'est au-dessus de ce que je peux me résoudre à entendre. Quand Barbelivien - pro Hadopi jusqu'au dernier centime - compte ses sous en se montrant incapable de penser au-delà d'un "le téléchargement m'a tué", je me dis que la culture, c'est le cadet de ses soucis. Ces gens là ne veulent pas que le spectre musical s'agrandisse, ils ne veulent pas d'un choix plus grand. La sélection formatée en rotation lourde au sein des grands médias leur apportait la plus totale satisfaction, du moment qu'ils en étaient. Alors putain, le truc du "Le téléchargement tue la diversité musicale", pas avec moi, ça va me rendre irritable. Je serai prêt à rediscuter d'un nouveau modèle sensé le jour où l'industrie du disque sera capable d'avoir un autre idéal que celui qui veut porter aux nues médiatiques une minorité matraquée, pour l'écouler à quelques millions. Mais la vérité, c'est que les moteurs de cette industrie - les majors en tête - ne veulent pas revoir leur copie, et refusent d'imaginer un progrès éthique à l'égard d'un art. Ce n'est pas un cliché que d'affirmer que pour eux, le progrès ça rime avec rentabilité. Ils s'en défendraient en parlant de retour sur investissement, parce qu'ils sont pris dans une logique qui les empêche d'imaginer les choses autrement.

"Un album qui ne se vend pas au moins à 100 000 exemplaires, personne n'en veut" (Pascal Nègre).
Rappelez-moi, un disque Indé' en France, ça s'écoule à combien ?
Ce n'est pas aimer la musique que de raisonner comme ça, et ce n'est pas œuvrer pour la culture. D'ailleurs, pour répondre à une partie de ton post, je pense malheureusement qu'il fut un temps, on pouvait plus facilement se permettre de vendre peu. Maintenant, tu marches ou tu dégages. D'ailleurs, si X Files était sortie dans les années 2000, au vu de la concurrence dans le domaine des séries, elle aurait été dégagée avant de devenir révolutionnaire. On vit une époque formidable, mais qui ne manque pas d'aberrations.
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Re: (D)ébats superficiels : le topic des discussions de comp

Messagepar Paint » Mer 29 Fév 2012 12:47

Si le prix des place de concert a beaucoup augmenté depuis 2002 c'est pas pour rien. Enfin, j'imagine et j'espère. Théorie du vase communiquant, ce qu'on perd dans l'un on le rattrape dans l'autre, ou du moins on essaye.


Mais c’est la même chose avec les CD, sauf que l’Euro a aussi bien participé à cet entubage généralisé. De la même manière qu’on payait notre baguette 3 francs et qu’on la paye maintenant 1,50€, les CD ont augmenté de façon dramatique et personne ne s’en est vraiment offusqué. Payer un CD 18€, c’est pas un scandale ?!

Passer dans les rayons de la FNAC ou de Virgin est devenu une grosse blague, ca fait un moment que cela ne m’était pas arrivé puisque maintenant j’achète tout sur HMV.com (aller faire un tour pour regarder les prix…) et a Noel je suis passé a la FNAC parce que je voulais acheter les Blueray d’OSS 117, qu’on ne trouve bien sur pas en Angleterre.

Quand j’ai vu 21€ sur la boite j’ai halluciné… Et c’est pareil pour tout ! Les prix verts a la Fnac sont a mourir de rire, tu vas payer ton CD 15€ au lieu de 16 et encore il faudrait dire merci. Surtout que les prix verts sont bien entendus plus réservés aux grosses nouveautés bien médiatisées, pour nous les « métalleux trop pointus », on devra se contenter d’un import a 24€.

A coté de combien d’artistes qui font désormais partis de ma discothèque je serais passé sans un téléchargement illégal a la base ? J’ai vu Biffy 3 fois en concert, j’ai tous les disques, DVD live et merchandising, et tout a commencé par un téléchargement illégal d’Infinity Land. Pareil pour Oceanzise et tant d’autres. En Angleterre, les prix m’autorisent – presque – a un achat impulsif, mais c’est rare et au final 90% des CD que j’achète, je les ai déjà écouté en version pirate…
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Re: l'industrie de la musique

Messagepar Paint » Mer 29 Fév 2012 17:55

Un exemple parmi tant d'autres... Et encore, c'est une "offre internet" hein, dites merci !

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Re: l'industrie de la musique

Messagepar Yoan » Jeu 1 Mar 2012 03:35

Au sujet des prix, je manque de billes pour discuter vraiment. Tu peux par exemple acheter des livres pour une bouchée de pain sur Amazon, en comparaison de ce que tu trouveras dans une librairie indépendante. Mais ce sont des chiens qui n’ont aucune éthique : ils profitent de coûts d'exploitation très faibles pour brader des bouquins qu'ils ne savent pas vendre autrement qu'en jouant la carte du moins-disant, ce qui est une notion souvent contraire au progrès.
Et au contraire d'une librairie décemment tenue par des passionnés, tu ne bénéficies pas d'une vitrine qui suscite la découverte au gré des flâneries, tu n'es pas conseillé par un vendeur qui va te parler de son coup de cœur. Tu as un site, un moteur de recherches, et des prix cassés. C'est pratique, tout le monde s'en sert et je n'y échappe pas, mais discuter la légitimité des prix des biens culturels doit comporter le volet éthique et qualitatif. Je veux dire par là qu'il faut aussi raisonner en valeur, et non uniquement en prix. Pour illustrer ça par l'absurde, à l'extrême tu as le dumping des productions délocalisées là où la main d’œuvre est exploitée. Le moins cher n'est pas toujours le mieux, et il y a une dimension morale qui nous engage quand nous consommons.

Qu'on s'entende bien : je ne suis pas en train de justifier les prix pratiqués en France pour un CD. Je ne suis pas en train de dire qu'il ne faudrait pas procéder à des baisses. Je dis juste que j'aimerais savoir sur quels critères on fixe ces prix. Et si c'est pour se battre pour que subsistent des mecs comme Klimt, des disquaires passionnés qui vont alimenter avec amour leurs étalages, je suis prêt à payer plus. Plus en tout cas que ce que je paierais pour un vulgaire site impersonnel.
Après, j'admets que j'ai par exemple envie de me racheter "Mellon Collie" des Pumpkins depuis longtemps, mais quand je tombe dessus en magasin, il est environ à 25 euros. Même pour un double, ça me fait chier de lâcher autant. Pour ce prix, je m'en tire en général avec 3 albums indé'...
En moyenne, je lâche entre 10 et 15 euros pour un album neuf en magasin. C'est peut-être déjà trop, mais ce n'est pas un frein en ce qui me concerne. D'ailleurs, à nous lire, j'ai l'impression qu'il faudrait acheter une dizaine de disques par mois pour être un mec bien. Faut arrêter hein. J'ai calculé, je dois acheter une trentaine de disques par an, au plus. C'est déjà pas mal, et je suis persuadé que la moyenne n'a jamais été ce dont on parle depuis quelques posts ici, même avant le téléchargement. Personnellement, j'aime accorder du temps à une œuvre, et je déteste être dans la consommation culturelle industrielle. Alors, rétablissons une vérité, et déculpabilisons ceux qui achètent moins : la "norme" du marché, c'est pas de s'enquiller 75 disques par an, c'est d'en acheter globalement 10 fois moins, sur la base d'un choix. Un choix qui s'opère par l'écoute. Et l'écoute - on en revient là - heureusement qu'elle ne se limite plus aux radios, ou aux chaînes télé.
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Re: l'industrie de la musique

Messagepar FrogChair » Dim 4 Mar 2012 12:32

De nos jours, il est certain que le prix est décisif pour l'achat d'un album.
Je me rappelle avoir dépensé des sommes folles dans des lives et autres pirates dans une petite boutique qui planquait tout ce joli monde dans un carton à l'abri des regards.
Déjà là chaque cd coûtait pas loin de 160 Francs, mais bon c'était des objets rares.
A la sortie de Diorama en 2002, je me suis pointé à la fnac dés la sortie et je ne me suis pas arrêté une seconde sur le prix.
Qui était pour la petite histoire de 27.29€, preuve du ticket de caisse à l'appui : un import il me semble, mais quand même !
Pour Neon Ballroom idem, acheté dans une petite boutique spécialisée dans les imports.
Mais quel plaisir de fouiller dans les présentoirs pour trouver l'objet convoité, que je n'ai plus maintenant puisque d'une part cette boutique a fermé, mais surtout parce que j'achète tous mes cd sur internet.
Et que du coup je regarde au prix !
L'idée c'est qu'en fait à l'époque on n'avait peu de moyens de comparaison, et donc on ne s'arrêtait à ça : une aubaine pour les majors qui pouvaient se permettre de pratiquer les prix qu'ils veulent.
Maintenant qu'ils doivent réviser leurs tarifs, c'est plus la même histoire...
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