Forum Francophone Silverchair

Forum de discussion dédié au groupe Silverchair

Articles, chroniques

Pour tout débat Silverchairien quel qu'il soit, c'est par ici.

Articles, chroniques

Messagepar Yoan » Mer 18 Jan 2012 02:41

Je me baladais sur le Net à la recherche de vielles reviews d'albums, et parfois, je me dis que l'exercice de la critique musicale permet à quelques rigolos de déballer de merveilleuses conneries.

Albumrock a écrit:Est-ce possible ? Par quel miracle cette ex pisse-copie de Nirvana (on rigole encore de leur "Lie To Me" imitant piteusement "Territorial Pissings") a-t-elle mué son post-grunge acnéique en usine à mélodies ciselées ? La pop est imprévisible, en ce que ses trésors peuvent sortir des malles qu’on n’aurait pas pensé explorer. Pourtant, en ouvrant celle-ci, on ne trouve rien de moins que trois jeunes gens à peine sortis de l’adolescence se donnant pour objectif de se mesurer aux travaux de Phil Spector et Burt Bacharach dont la recette s’est à jamais perdue, armés de leurs Gibson double micro de leur ampli Marshall. Damned !

On aurait pourtant dû avoir la puce à l’oreille dès Freakshow. En marge des périssables "Freak" et autres "Abuse Me", des titres comme "Cemetery", "Pop Song For Us Reject" ou encore "Petrol & Chlorine" tentaient de s’extraire du cirque alternatif des années 90. Le frontman Daniel Johns s’efforcera de poursuivre cette émancipation sur l’opus suivant, mais le cul coincé entre désir de renouveau et scies grungy déjà périmées, Neon Ballroom avait l’allure d’un canard boiteux. Bien décidé à faire table rase du passé, Johns jette à la poubelle la première mouture de son quatrième album et congédie le producteur historique Nick Launay. Entre temps, on lui diagnostique une arthrite réactive qui le cloue sur chaise et lui interdit de pratiquer la guitare. Le chanteur jette alors son dévolu sur le piano, à partir duquel il donnera naissance à ses nouvelles compositions. Le trio s’enferme ainsi une bonne partie de l’année 2001 dans son fief australien et recrute David Bottrill, producteur canadien habitué à confectionner les délires alambiqués de King Crimson, Tool ou Muse. Sur ses conseils, il s’adjoint les services du compositeur Van Dyke Parks, célèbre pour ses collaborations avec les Byrds, Tim Buckley ou The Everly Brothers, également orfèvre du Smile des Beach Boys, qui apporte sa science des arrangements sur trois titres (Larry Muhoberac se charge du reste). Cordes, violoncelles, cuivres, orgue Hammond et pedal steel entrent dans la danse. Sur les photos du livret, on voit tout ce beau monde s’appliquer sur ses instruments, le parquet du studio recouvert de tapis orientaux. Le visage poupin de Daniel Johns s’est transformé en une figure d’angelot diaphane de 22 ans, une ombre mélancolique couvre son sourire.

Le résultat est stupéfiant de majesté. "Across The Night" laisse pantois, ouverture lyrique progressant du doux confort d’une nuit avec l’être aimé à la peur dévorante de la solitude. Ça commence comme une déclaration d’amour et ça finit en supplique. Brillante démonstration de pop progressive, avec ses orchestrations flamboyantes, ses mouvements distincts et ses refrains à tiroir, ce sublime titre donne le ton au reste de l’album. Diorama est une porte ouverte sur un arc-en-ciel de couleurs et de sensations. Plusieurs sentiments, parfois contradictoires, s’enchaînent au sein d’un même morceau, à l’image de "Without You" où la rage contenue le dispute à la suavité. Le piano mène indubitablement les débats sur la quasi-majorité du disque. Ce sont sur ses notes que la rythmique se cale et que les cordes se déploient. Il y avait de grandes chances pour que tout cela sonne pompeux, maladroit, et finalement creux. Il n’en est rien, tant tous les éléments s’enchainent et se répondent avec harmonie. Jamais le groupe de rock n’est mis en péril par l’orchestre qui l’accompagne. Les violoncelles s’enroulent autour des guitares, trompettes et orgue convolent avec la basse. La production orne avec prestance des chansons fourmillant de détails et d’afféteries se révélant limpides comme le cristal et aussi claires que le jour. Elles dressent un pont improbable entre King Crimson, Pearl Jam et les Zombies. On navigue ainsi entre pop baroque ("The Greatest View", fascinant de plénitude, "Too Much Of Not Enough", "World Upon Your Shoulders") et ballades admirables hésitant entre contemplation et emphase ("Tuna In The Brine", "Luv Your Life"). Silverchair y prend une dimension inédite, empreinte de sérénité et d’humilité, mais également d’une maturité effarante. L’évidence mélodique règne dans les moindres recoins. L’ensemble frappe par sa subtilité, son sens des détails, sa grâce feutrée, exactement tout ce que le rock australien n’a jamais revendiqué être.

Le spectre de Diorama ne se limite pas à passer du rose pastel au bleu profond. Il se risque à plonger dans la pénombre, où les forces maléfiques guettent derrière la porte. "One Way Mule" fulmine de colère électrique, déchaîne les éléments avant de s’apaiser lors de courtes accalmies. "Lever" convoque un oppressant mur de guitares progressant dangereusement vers une rage sans cesse sur le point d’exploser. En renouant sporadiquement avec sa hargne métallique tout en la domptant aux dimensions de l’album, Silverchair parvient à déjouer les ornières dans lesquelles tant de Metallica et autres Deep Purple se sont embourbés en voulant marier brutalement rock et ornementations classiques. S’il se révèle être un songwriter de haute volée, Daniel Johns n’en demeure pas moins un chanteur techniquement limité, peinant dans les graves et flirtant avec la rupture dans les aigus, notamment sur l’envoûtant "My Favorite Thing". Mais sa capacité à habiter les moindres couplets et refrains transcende tout. Illuminant le disque de sa présence fragile, presque fantomatique, c’est seul au piano qu’il fermera un voyage somptueux débuté au crépuscule et s’achevant sur une aube radieuse le long d’un "After All These Years" à la pureté aveuglante.

On pouvait alors tout espérer de Silverchair. Mais Diorama restera un hapax miraculeux, condamné à demeurer orphelin, le trio retournant avec Young Modern sur les terres d’un rock plus académique saupoudré de pop anecdotique. Il y a de grandes chances pour qu’il ne retrouve plus l’état de grâce qui l’avait habité lors de la gestation de ce tour de force. On peut malgré cela continuer à espérer, Daniel Johns n’ayant après tout que 31 ans. Peut-être lui faudra-t-il évoluer en dehors de son groupe originel pour marcher à nouveau sur les traces de son chef d’œuvre. Rassurons-nous, s’il y arrive, il finira comme son disque : il vieillira bien.



Je peux tout accepter dans ce papier : la sempiternelle comparaison avec Nirvana, le rejet de tous leurs autres disques, et même ce ton étonné du gars qui n'en revient pas que des nullards pareils aient pondu un tel disque. Je peux tout concevoir, sauf la phrase de la chronique que je mets en gras. Daniel Johns, un chanteur techniquement limité ? Sur Diorama ? oO
Je veux bien qu'on soit tous libres d'avoir un avis, mais là, c'est la dernière chose que je m'attendais à lire. Et c'est con, parce que l'ensemble est bien écrit, mais alors une perle pareille, ça me discrédite le mec d'une force...
Image
Avatar de l’utilisateur
Yoan
Administrateur du site
 
Messages: 2289
Inscription: Ven 3 Déc 2010 21:58

Re: Articles, chroniques

Messagepar blissmanu » Mer 18 Jan 2012 23:44

"Neon Ballroom avait l’allure d’un canard boiteux"
euh, pardon ?

"My Favourite Thing", pas "My Favorite Thing"...

Faut pas pousser mémé dans les orties qd même, elle risquerait de sortir la lacrymo..
Avatar de l’utilisateur
blissmanu
 
Messages: 129
Inscription: Sam 4 Déc 2010 21:46

Re: Articles, chroniques

Messagepar Yoan » Jeu 19 Jan 2012 03:05

"Neon Ballroom" a été à peine mieux reçu que "Freak Show" de la part de la presse qui avait déjà Silverchair dans le nez. Et je ne te parle même pas de ceux qui ont profité de la chronique de "Diorama" pour le défoncer en deux lignes, sans l'avoir écouté. Mais aller, admettons. Après tout, il n'existe aucun disque adulé de tous ou détesté de tous.

Mais j'insiste, écrire un papier dithyrambique sur "Diorama", et lâcher comme seul reproche que le chant est fragile et "techniquement limité", c'est un peu comme dire d'un album de Jimi Hendrix qu'il est merveilleux, mais poser comme bémol que le jeu de guitare est peu assuré. oO
Image
Avatar de l’utilisateur
Yoan
Administrateur du site
 
Messages: 2289
Inscription: Ven 3 Déc 2010 21:58

Re: Articles, chroniques

Messagepar blissmanu » Jeu 19 Jan 2012 10:50

Yoan a écrit:[...] Mais aller, admettons. Après tout, il n'existe aucun disque adulé de tous ou détesté de tous.


Mais non Yoan, il faut que tu montes au créneau là ! Que tu cries au scandale ! Ne te range pas ! Pas toi ! :non:

C'est interdit de dire que Neon Ballroom est passable, interdit ! et FAUX, combien ont écrit des ES, Black Tangled Heart, PPP ??? C'est à partir de Neon Ballroom qu'ils ont commencé à jouer dans la cours des grands et à voler de leur propres ailes. J'adore Freak Show et Frogstomp, mais il n'y a rien (ou quasi) d'"exceptionnel" dans le song-writing, etc.. C'est avec des ES et consorts que DJ s'est réellement affiché comme un compositeur hors pair.
Avatar de l’utilisateur
blissmanu
 
Messages: 129
Inscription: Sam 4 Déc 2010 21:46

Re: Articles, chroniques

Messagepar Yoan » Jeu 19 Jan 2012 11:42

Si j’étais journaliste ou chroniqueur musical, j’émettrais de la même manière des avis qui apparaîtraient fantaisistes, voire idiots, à d’autres. C’est un incontournable pour tel exercice. Dans le cadre d’une discussion contradictoire, avec des arguments, évidemment que je défendrais « Neon Ballroom » bec et ongles. Mais ce ne serait qu’un débat de plus, parmi tous ceux que j’ai déjà pu tenir. Si on refuse jusqu’à l’idée qu’un autre puisse avoir une opinion contraire à la nôtre, on ne peut plus discuter. Et malgré tout, à défaut d’être d’accord, il est des choses que je peux « comprendre », sans les accepter pour vraies.
Si en revanche j’ai ressorti cette ligne sur le chant de Daniel Johns, c’est que pour le coup, ça me paraît concrètement intenable comme position. Et je ne comprends pas qu’un mec qui écoute autant de musique, et qui a par exemple mis la note maximale à « What’s The Story Morning Glory ? » d’Oasis, avec le très « techniquement limité » Liam Gallagher à sa tête, puisse ne pas entendre qu’un morceau comme « Across The Night », c’est aussi une perf’ vocale de dingue. Et là on peut y aller, même un Matt Bellamy lancé à pleins poumons s’écroule au premier refrain, sauf à se cacher derrière sa si subtile (ironie inside) voix de tête.
Image
Avatar de l’utilisateur
Yoan
Administrateur du site
 
Messages: 2289
Inscription: Ven 3 Déc 2010 21:58

Re: Articles, chroniques

Messagepar blissmanu » Jeu 19 Jan 2012 22:26

Voilà, c'est ça que je voulais bordel ! :D
Avatar de l’utilisateur
blissmanu
 
Messages: 129
Inscription: Sam 4 Déc 2010 21:46

Re: Articles, chroniques

Messagepar Paint » Jeu 2 Fév 2012 12:46

Comme quoi, plus on écrit, plus on a de chance de sortir des conneries ! (d'ou l'interet des articles courts :D )
Image

Ancient Rome, we built that fucker stone by stone
Avatar de l’utilisateur
Paint
Modérateur
 
Messages: 592
Inscription: Sam 4 Déc 2010 15:23
Localisation: Banbury, UK

Re: Articles, chroniques

Messagepar Yoan » Jeu 2 Fév 2012 16:16

D'ailleurs, j'avais oublié de noter ça :

On aurait pourtant dû avoir la puce à l’oreille dès Freakshow. En marge des périssables "Freak" et autres "Abuse Me", des titres comme "Cemetery", "Pop Song For Us Reject" ou encore "Petrol & Chlorine" tentaient de s’extraire du cirque alternatif des années 90.


Sortir "Pop Song For Us Reject" du lot, uniquement parce que le titre contient "Pop Song", c'est bien tenté. Mais non.
Image
Avatar de l’utilisateur
Yoan
Administrateur du site
 
Messages: 2289
Inscription: Ven 3 Déc 2010 21:58

Re: Articles, chroniques

Messagepar Ash » Ven 2 Mar 2012 17:35

"un arc-en-ciel de sensations" ?
"les forces maléfiques" ?

Sérieux, mec ?
Offtopic :
La vie est trop courte pour porter des culottes moches.
Avatar de l’utilisateur
Ash
 
Messages: 176
Inscription: Sam 4 Déc 2010 16:01
Localisation: Brest même

Re: Articles, chroniques

Messagepar blissmanu » Dim 11 Mar 2012 20:45

un article paru dans Kerrang il y a 10 ans, à propos du Rock In Rio, pas mal !

http://stevemascord.com/2012/03/08/silverchair-from-despair-to-here-2001/
Avatar de l’utilisateur
blissmanu
 
Messages: 129
Inscription: Sam 4 Déc 2010 21:46


Retourner vers Discussions Silverchairiennes

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron