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Finance mondiale : on va tous crever

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Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Mer 20 Avr 2011 01:45

Sous ce titre ô combien réjouissant se terre un sujet compliqué qui n'intéresse pas grand-monde. Là vous vous dîtes : "Ça commence bien". Mais ce n'est pas tout, je m'apprête à vous lier un article à rallonge, plutôt hermétique aux novices - dont je suis, notez bien - en matière de politique folie financière.
Alors pourquoi je m'entête à poster un thread ultra-barbant, alors même que le forum dort ?

Parce que je pense que tout est là. Peut-être pas dans cette unique vision, certainement critiquable par endroits. (Quoique).
Mais dans la façon dont les marchés financiers sont devenus des espèces de monstres incontrôlables, générant la crise, le chômage, la dette, la pauvreté, la faim. Pour moi, ils sont le frein à tout. Un nœud sans autre solution que la totale implosion.
Le système financier globalisé est une sorte d'appareil spéculatif largement désolidarisé de l'économie réelle, il ne vit plus que pour lui-même. Et le problème, c'est que je n'arrive pas à voir comment on pourrait désormais l'arrêter. C'est d'ailleurs entre autres lui qui limite la souveraineté des États, et qui fait notamment que n'importe quelle vraie politique socialiste gouvernementale se ramasserait en quelques mois. Le pire étant que si les profits qu'il génère sont privatisés, ses pertes sont en revanche socialisées. Je cite un truc que j'ai lu, je trouve la comparaison judicieuse :

Les banques ressemblent un peu à un joueur de casino qui garderait tout pour lui quand la machine à sous crache des pièces, et qui demanderait à être remboursé quand il aurait tout perdu sur le bandit manchot. C'est moralement, philosophiquement et économiquement indéfendable. Et c'est surtout complètement à l'encontre des saints principes du bon libéralisme et du non-interventionnisme, en plus.


Sauf que bien sûr, puisque les banques sont en une même entité celles qui investissent sur les marchés en spéculant, et celles qui prêtent à tout un chacun, il faudra voler à leur secours au moindre pépin. Il y a donc déjà là une séparation à faire de toute urgence, pour laisser les banques dites "d'affaires" se planter comme des merdes quand elles le méritent. Parce que pour l'instant, on leur envoie des milliards.

Le rapport qui fait mal


Ou, la vidéo, trèèèès longue, si vous êtes courageux :




Je n'arriverai peut-être à lancer un début de discussion que dans 6 mois, mais je tenais à essayer.
(Sinon, l'article est moins pessimiste que je ne le suis, moi je pense que le processus est désormais à peu près irréversible. Sauf à imaginer une révolution, mais je ne vois précisément rien de moins probable que ça).
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar caro » Jeu 21 Avr 2011 00:33

NOooooooooon, on marche pas sur la tête, pas du tout !



Je ne me sens pas de lancer la discussion mais j'ai une chouette vidéo à proposer: courte, facile à comprendre et éloquente.
Et avec une pointe d'ironie.

Et vous apprendrez si vous ne le saviez pas que ce qui fait notre humanité, c'est le télencéphale développé et...le pouce préhenseur...oui, oui.
"Former les hommes, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu." Aristophane.
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Ven 22 Avr 2011 20:40

Je n'avais jamais vu cette vidéo, qui est quand même parvenue à me faire sourire sur un sujet relativement peu drôle.
Cela dit, elle se borne à faire un constat. Et je la vois comme un appel du pied pour aller plus loin, parce que j'ai lu quelques commentaires sur son compte, et c'est assez dramatique. Dramatique en ce sens qu'elle pousse les plus naïfs à imaginer qu'elle offre la substance suffisante pour discourir des solutions à proposer... J'ai même lu quelqu'un dire très sérieusement qu'il ferait attention à jeter moins d'ordures, maintenant. :|

Bon, moi je me lancerai à terme dans un double-résumé de l'article dont j'ai laissé un lien, en tentant d'en vulgariser le propos pour rester à peu près lisible (si tant est que je l'aie parfaitement compris, ce qui n'est pas certain), et de ceci :



Et bon, je sais que c'est moins sympa' que d'aller au ciné', mais j'encourage tout le monde à le voir.

Bon, par contre, pas sûr que je puisse venir alimenter ce topic comme j'aimerais le faire, avant fort longtemps. En même temps, oser un sujet sur la finance mondiale, c'est un pari pour l'avenir :pen:
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Dim 3 Juil 2011 13:51

J'ai un peu 3000 choses à développer sur ce topic de moins en moins centré sur la finance, et de plus en plus pluridisciplinaire.
Mais puisque la mode un peu partout dans les médias est à démonter la "démondialisation", caricaturée par certains comme Fillon comme une "illusion dangereuse", et ce alors que le mec est à peu près aussi compétent en la matière qu'un directeur de PME qui récite un powerpoint avant de filer au bar, j'ai un vrai débat à faire valoir sur ce point.

Il oppose un spécialiste du sujet, Frédéric Lordon (un mec passionnant et doté d'une éthique irréprochable à l'égard des médias, garanti sur facture), et Thomas Coutrot, membre d'ATTAC. En dehors du fait que les deux intervenants sont particulièrement pertinents et franchement éloquents, ce sera l'occasion de redécouvrir le débat sans vous farcir des mecs qui se coupent la parole, et s'envoient des vannes rhétoriques comme des gamins. Une discussion posée, profonde, et même assez décontractée.
On pense ce qu'on veut de la "démondialisation" et j'espère d'ailleurs que certains d'entre vous prendront le temps - 1h30 - de regarder ça, histoire que je ne sois pas réduit à en parler seul, mais ce sera de toute façon toujours plus intéressant et instructif que les articles du Monde sur le sujet.

Comme le débat est en ligne sur le site "Arrêt sur Images" et qu'il faut s'inscrire, moyennant finances, j'ose vous mettre le lien pour le télécharger gratos (merci de me dire si ça ne fonctionne plus, je réhébergerai). Chut hin. :ange:

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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Jeu 13 Oct 2011 12:31



C'est quand même une pointure, ce mec.
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Jeu 27 Oct 2011 23:55

J'ai bien conscience que ce topic a une gueule un peu minable là, alimenté en solo via des choses que je dois développer depuis des mois. Mais au risque de me perdre encore plus dans cet amas de sources éparses, j'en rajoute une couche.



Ça ressemble à un fake. Donc avant d'y croire, je me suis interrogé. D'autant que l'information est sous-traitée en des proportions hallucinantes. Tout le monde s'en fout, semble-t-il.
J'ai, hélas, fini par trouver des liens plus crédibles sur le sujet (genre, ça c'est en Anglais, mais c'est officiel), et je m'aperçois même que Mélenchon en parle depuis mars dernier.

Comme c'est très long, j'en cite juste un passage particulièrement parlant :

L'eurocratie a donc trouvé une issue pour échapper à la volonté populaire. L'amendement nécessaire au traité de Lisbonne pour y inscrire toutes ces merveilles se fera par une "procédure de révision simplifiée" et pas par "la procédure de révision ordinaire". Subtil. Trop peut-être. Car la procédure de révision dite « simplifiée » ne s’applique qu’aux cas où aucune nouvelle compétence n'est attribuée à une institution européenne. Et là on en donne. On en donne même à une institution, le FMI, qui n'est même pas une institution européenne. Pardon pour cet enfouissement dans les procédures. Mais si l’on veut comprendre il faut s’en donner les moyens. Donc vous demandez vous pourquoi ces gens s’encombrent-ils de vouloir cette procédure « simplifiée » ? D’abord pour que ça aille plus vite. Ensuite pour un petit rien, un détail de mot décisif. Car la procédure dite simplifiée permet de demander aux Etats une « approbation » tandis que la procédure ordinaire exige une « ratification ». Enorme conséquence ! En droit international, si le premier terme est très flou, l'autre est très clair. La ratification est une procédure prévue par les constitutions de chaque pays. Dans nombre de cas elle rend possible un référendum. Ainsi, en France, selon l'article 11 de la Constitution, il suffit qu'un cinquième des parlementaires et un dixième des électeurs et électrices le demandent pour qu'il soit mis en œuvre.


Voilà où en est la démocratie en Europe.
Et ce que je trouve dingue, c'est que la question n'est traitée nulle-part. Malgré le Net, malgré les possibilités de fuites qu'offrent nos moyens de communication modernes, ça ne fait ni scandale, ni même débat. Rien. Le peuple est toujours persuadé que la date clé, c'est celle qui consacrera le successeur de Sarkozy, qui fait campagne sans le dire en bénissant la crise économique : "Voyez comme ce que je fais est important". C'est de bonne guerre, et je ne m'attendais à rien d'autre, mais le côté "Z'avez vu ? J'étais occupé à sauver le monde", c'était un peu gros, quand même.
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Silver*Dream » Ven 28 Oct 2011 01:05

Je suis sceptique, car l'ESM est censé prendre le relai du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) qui a été révisé hier et qui prévoit qu'en cas de recapitalisation des banques, celles-ci ne pourront verser de dividendes et de bonus à leurs actionnaires. Du coup elles ont TOUTES annoncé vouloir se refinancer seules, lol... Santander, banque espagnole et plus grosse banque européenne, a presque 16 milliard à trouver pour juin: bonne chance !
Sceptique mais pas étonné, car l'ESM n'est qu'une légalisation devant le droit de ce qui se pratique déjà aujourd'hui. Pendant que la Banque Centrale Européenne envoie des lettres à l'Italie (entre autres) en lui préconisant d'agir par décret afin de réformer le code du travail et de privatiser les entreprises municipales - sinon la BCE refusera de racheter ses titres de dette, bah les banques commerciales peuvent décider LIBREMENT de combien d'euros elles vont emprunter à la BCE. Donc les pays voient leur aide conditionnée à des réformes libérales, tandis que les banques qui ont foutu la merde peuvent continuer à se financer sans contrepartie. Je rappelle que le mandat de la BCE est de garantir la stabilité des prix (pas plus de 2% de fluctuation par an), elle est donc en PLEINE illégalité selon ses statuts lorsqu'elle rachète des titres de dette sous condition. Salope, on croirait la Banque Mondiale à la grande époque.

Bref, ouais, l'Europe démocratique... Pour moi y'a pas 50 solutions, il faut briser les souverainetés nationales et doter l'Europe d'un vrai gouvernement, au moins économique pour commencer. Car il est trop tard pour faire marche arrière et ce ne serait profitable à personne de toute façon. Alors autant y aller franco, Cohn-Bendit a raison. Malheureusement la frilosité et manigances des politiciens, ainsi que les intérêts de certains pays (Allemagne en tête) n'arrangent rien.

Sinon pour le rôle du FMI dans l'ESM, apparemment c'est à cause des chinois, haha. Ils ont exigé que le FMI soit présent plutôt que d'investir directement. Honnêtement, et même si le FMI a un lourd passé, c'est pas la plus mauvaise nouvelle car la démarche chinoise tient simplement à assurer ses fesses en cas de crise incurable en Europe, mais aussi à privilégier une approche multilatérale (mot tabou en Occident depuis deux siècles). De toute façon les occidentaux possèdent la majorité des droits de vote au FMI, alors il ne fera rien que les européens ne veulent pas (même si les États-Unis ont un véto, j'avoue).
Ceci dit la Chine n'est pas toute blanche dans l'histoire. Si elle investit, c'est à condition que l'UE fasse tomber ses barrières protectionnistes et reconnaisse la Chine comme une économie de marché à l'OMC. Et là HOP, invasion de produits chinoiiiisss !! ^^;;

C'est tout ce que j'ai à dire. Ah oui, et Frédéric Lordon il est cool, il est souvent dans "Là-bas si j'y suis" ! <3
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Ven 11 Nov 2011 03:11

François Fillon a écrit:La dette, c'est la drogue des États qui ont peur de se moderniser.


J'ai failli caser ça dans le topic "Humour", ça méritait.
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Lun 14 Nov 2011 12:38

Bon, faudra vraiment que j'aie le temps de développer un peu tout ce bordel. Du système de création monétaire à la dette, en des termes simples j'espère (pour moi comme pour vous, je n'ai aucune prétention en la matière). Mais il se dit des choses de plus en plus claires sur le fameux diktat auquel je fais référence depuis des plombes, et pas seulement de la part des indignés qui dorment devant La Défense.

Jouyet : les citoyens se révolteront contre la "dictature" des marchés

Les citoyens finiront par se révolter contre la "dictature de fait" des marchés financiers depuis le début de la crise de la dette en zone euro, a estimé le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet, dans un entretien au Journal du dimanche. Les marchés "ont fait pression sur le jeu démocratique", a-t-il expliqué, soulignant qu'avec le départ, samedi 12 novembre, du président du conseil italien, Silvio Berlusconi, "c'est le troisième gouvernement qui saute à leur initiative pour cause de dette excessive".
[...]
"Pour les marchés, Silvio Berlusconi n'était plus l'homme de la situation et l'envolée des taux d'intérêt de la dette italienne a été leur bulletin de vote", a analysé M. Jouyet.


C'est extrait d'un article du Monde, et ce n'est pas le propos d'un adepte de cette "dinguerie de démondialisation" (© Copé), mais bien d'un responsable de l'organisme dédié à la "régulation" (Ahaha) des marchés financiers. Il y a évidemment une part de com' là dedans - le mec essaie vraisemblablement de sauver ses fesses avant l'explosion - mais les langues se délient, et ça me fait bien plaisir. Et avant la perte de notre triple A (tremblez), c'est pas inutile qu'on distribue les mauvais points aux vrais fautifs. Parce que plus on admettra la faillite des marchés en tant que système de régulation global des économies, moins on colportera des conneries sur les dépenses "inconscientes des états", avec en première ligne les vilaines aides sociales. Surtout lorsque le président du fonds souverain Chinois nous qualifie sans vergogne de branleurs assistés qui se "prélassent sur la plage" (lire l'article en question, c'est assez gerbant).
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Mer 25 Jan 2012 15:02

Si jamais vous vous êtes perdus et que atterrissez par mégarde sur ce topic à l'abandon, lisez Lordon, c'est bon pour la santé. (Par contre, pour le moral, je sais pas trop)


La rétro' 2011 par Frédéric Lordon

Voué à se perdre dans la prolifération des événements de première grandeur, comme seules les crises historiques en réservent, l'exercice de la rétrospective économique a tout d'une gageure. Si vraiment il fallait donner une cohérence à l'année 2011, il est possible que, d'abord entendu en son sens étymologique, et puis peut-être en son sens ordinaire, ce soit le mot d'apocalypse qui, appliqué à la construction européenne, convienne le mieux. L'apocalypse, c'est la révélation, et ce que l'année 2011 aura révélé, visibles sans doute depuis longtemps mais à qui avait au moins le désir de voir, ce sont les irréparables tares de la monnaie européenne, désormais mises en pleine lumière, accablantes, incontestables aux yeux mêmes des plus bornés soutiens de "L'Europe", ce générique qui n'a jamais eu de sens sinon celui de rejeter dans l'enfer "nationaliste" des "anti-Européens" tous ceux qui avaient à redire, non pas à l'Europe, mais à cette Europe.

D'impasses intellectuelles aux conséquences matérielles

Il aura donc fallu l'extrémité de cette crise pour faire apparaître que toute la construction de l'euro a reposé - par négation calculée ou par franche bêtise ? on ne le saura pas - sur l'ignorance crasse de la souveraineté comme principe fondamental de la grammaire politique moderne - où l'on aperçoit que des impasses intellectuelles peuvent emporter de terribles conséquences matérielles. De toutes les atteintes que ce principe aura eu à subir, la pire sans doute aura tenu au choix de remettre délibérément la surveillance et la normalisation des politiques économiques aux marchés de capitaux, agencement expressément voulu par l'Allemagne, soupçonnant, en l'absence de tout mécanisme institutionnel capable de les rendre exécutoires, que les règles des traités (et du pacte de stabilité) ne vaudraient rapidement pas beaucoup plus qu'un "chiffon de papier".

Il suffit d'y ajouter un modèle de Banque centrale européenne (BCE) très exactement décalqué de la Bundesbank et destiné lui aussi à garantir le primat des obsessions allemandes (exclusivité de la mission anti-inflationniste, interdiction des financements monétaires des déficits budgétaires et de toute forme de garantie des dettes publiques) pour avoir, combinés, les principaux ingrédients du désastre. Inexistant en 2007, le "problème des dettes publiques" ne se constitue que par la récession consécutive à la crise des subprimes, mais encore est-il gérable jusqu'au début 2010. C'est la spéculation sur les marchés obligataires qui, faisant monter les taux d'intérêt, donc le service de la dette, le transforme en une insoluble crise dès lors que la BCE refuse obstinément tout crédit direct aux finances publiques, toute garantie des dettes et toute formule de leur restructuration !

Incapables de concevoir l'impasse dans laquelle ils se sont mis, les gouvernements de la zone euro auront passé leur année à explorer des solutions qui ne font que la verrouiller davantage : leur asservissement aux injonctions des marchés les conduit à des politiques d'austérité dont la "coordination" garantit la récession généralisée, donc l'effondrement des recettes fiscales, donc la détérioration des dettes ; chaque tour de vis supplémentaire imposé aux Etats secourus n'a pas d'autre effet que de les plonger dans des difficultés plus profondes et d'intensifier les effets de contagion ; la liste des Etats attaqués par la spéculation n'a donc cessé de s'allonger jusqu'à gagner les pays du coeur de la zone, la France notamment dont la notation ne tient plus qu'à un fil ; et le pauvre Fonds européen de stabilité financière (FESF) est si visiblement débordé qu'aucune des contorsions de l'ingénierie financière ne parvient plus à lui rendre un semblant de pertinence : c'est la BCE, dont les possibilités de création monétaire sont virtuellement infinies, et non un fonds, dont les moyens financiers sont par construction limités, qui devraient faire le back up des dettes souveraines européennes - mais voilà, la BCE ne veut pas...

Ce sont ces inextricables contradictions que, dans leur récurrence presque comique, les sommets de l'eurozone n'ont pas cessé de reparcourir, pour se heurter toujours aux mêmes murs, et se conclure par les mêmes pathétiques communiqués triomphateurs mais dépourvus de toute solution, puisque des solutions, tant que l'on reste dans le cadre actuel, il n'y en a pas !... et qu'il est à craindre que la transformation du cadre, c'est-à-dire la modification des traités, appartienne à un horizon temporel sans rapport avec l'urgence d'une crise au bord de devenir foudroyante.

"Tout ça ne pourra pas durer éternellement"

Pendant ce temps, les corps sociaux, qui ont déjà avalé à leurs frais le sauvetage de la finance, puis assisté, médusés, à son retournement contre les Etats qui l'avaient secourue et, pire encore, la voient exiger de ces derniers des politiques de rigueur n'ayant d'autre finalité que d'éviter au secteur bancaire de nouvelles pertes, les corps sociaux, donc, contemplent l'évanouissement définitif de leur souveraineté et leur dépossession de tout pouvoir politique réel. Car l'Europe n'est plus qu'un gigantesque solécisme politique, où l'on trouve côte à côte : l'empire exclusif des marchés sur la définition des politiques économiques, conduites non plus d'après les intérêts du seul ayant droit légitime de la puissance publique - le peuple -, mais selon les réquisits d'un tiers intrus au contrat social - le groupe informe des créanciers internationaux - ; la neutralisation de toute expression financière de la souveraineté politique par la soumission des budgets nationaux auxdites "règles d'or", ou par leur contrôle a priori par les instances européennes ; la quasi-éviction des gouvernants par des curateurs missionnés par des organisations internationales, à l'image de la Grèce désormais aux mains de ladite "troïka" (FMI, Commission européenne, BCE), ou de l'extravagante feuille de route envoyée telle quelle par la BCE au président du Conseil italien (il s'agissait alors de M. Berlusconi) ; enfin les tentatives désespérées de réobtenir les faveurs des marchés par la nomination de gouvernements d'"experts", tels ceux de MM. Monti et Papademos, gouvernements prétendument apolitiques, évidemment on ne peut plus politiques.

Tout ça ne pourra pas durer éternellement. D'abord parce que la construction économique s'apprête à s'effondrer sous le poids de ses propres malfaçons et que l'on s'approche chaque jour davantage du point critique où la panique financière, en avance même sur les défauts souverains, mettra de nouveau à bas le système bancaire entier, ne laissant plus que les banques centrales comme uniques institutions capables, avec le risque que le refus de la BCE conduise au réarmement forcé des banques centrales nationales, donc à l'éclatement de l'euro. Mais ça ne pourra pas durer non plus parce qu'on ne dépouille pas impunément les corps sociaux de leurs prérogatives souveraines, en tout cas sans s'exposer au risque que vienne un jour où ceux-ci décident de la récupérer violemment - et, un peu à la manière de ce qu'avait montré Karl Polanyi à propos des années 30, la chose peut ne pas être belle à voir...

La laideur cependant n'est pas non plus une fatalité, car c'est aussi une opportunité historique de renverser l'ordre néolibéral qui est en train de se former dans ce bouillonnement de contradictions. Et de se débarrasser par la même occasion de tous ses desservants, ceux-là mêmes qui ont des décennies durant expliqué au bas peuple que l'ordre du monde est idéal, qu'il avait de toute façon la force d'une donnée de nature et que l'on ne saurait se rebeller contre la loi de la gravitation, qu'au demeurant la construction européenne telle qu'elle est (était...), elle aussi intouchable dans sa perfection même, était là pour notre supplément de bonheur, qu'il fallait être au choix archaïque, frileux ou xénophobe pour trouver à y redire. Tous ces gens, hommes politiques de gauche, de droite, experts dévoués, chroniqueurs multicartes, éditorialistes suffisants et insuffisants comme disait non sans cruauté Bourdieu, tous ces répétiteurs, voués à la pédagogie du peuple obtus, se sont trompés sur tout, et les voilà qui contemplent sidérés l'écroulement du monde dont ils ont été si longtemps les oblats. Et l'on se prend à rêver de les voir eux aussi partir par la bonde à l'occasion de la grande lessive.
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Re: Finance mondiale : on va tous crever

Messagepar Yoan » Sam 10 Mar 2012 16:38

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