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le topic des sciences humaines

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le topic des sciences humaines

Messagepar caro » Sam 4 Déc 2010 15:28

Comment ça je suis rabat-joie ?

Bon, euh, je ne sais pas par où commencer, mais c'est plutôt une envie de faire partager certaines questions, certaines lectures, et d'échanger surtout.

Il pourra s'agir de philo, de socio, de psycho, de psycho-socio, de socio-psycho, de social en général, d'histoire...d'économie ? (j'en sais rien en fait).

Parce que depuis longtemps quand je lis un livre j'ai envie de le faire partager ici mais je ne le fais pas, d'ailleurs je l'ai souvent dit sur le forum (ah tiens, il faudra que je vous parle de ça).

Et surtout parce que souvent je trouve que les sujets dérivent sur des questions de ce genre qui auraient leur place ici.
Par exemple toute la question du travail dont on avait parlé avec passion...ou encore les drogues...

Voilà voilàààà.

(et au passage si quelqu'un veut m'aider pour ma dissert de philo, hum...ne vous gênez pas..."y a-t-il des objets spécifiquement métaphysiques") (mais pourquoiiiii j'ai eu cette idée débile de m'inscrire en philo ???)
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar caro » Sam 4 Déc 2010 17:19

Le pouvoir de la langue et la liberté de l'esprit
Essai sur la résistance au langage totalitaire.
Jacques DEWITTE.

Non, ne fuyez pas, je sais j'attaque fort. Bon, moi les mots me fascinent. Ils ne disent jamais tout, passent toujours à côté de ce qu'on voudrait leur faire dire...au point que parfois on peut se demander s'ils nous servent à décrire une réalité ou à la créer...la réponse est sûrement entre les deux. quand on utilise les mots on décrit une réalité et en même temps on la transforme, voire on la crée.

Dewitte s'attaque spécialement aux langues totalitaires en étudiant leur emprise sur l'esprit et la sensibilité des hommes. Il essaye de voir comment c'est la langue qui impose une vision des choses et non les choses qui sont simplement décrites par cette langue. On utilise toujours à note insu des mots, formules, expressions, qui traduisent une vision du monde qu'on a intégré volontairement ou non. Dewitte essaye ensuite de montrer comment résister à l'emprise de cette langue qui peut à un certain moment déshumaniser celui qui l'emploie mais aussi ce qui est "décrit", comment elle biaise la réalité et comment lorsque le sens des mots est dévoyé, l'homme peut en pâtir.

Dans cet essai il étudie ces questions et ces mécanismes à travers Orwell, Victor Klemperer, Dolf Sternberger et Aleksander Wat.

"En effet, quand la langue s'avachit et quand les clichés se mettent à penser à notre place, c'est aussi notre capacité à discerner et à éprouver qui s'étiole. Pauvreté langagière et pauvreté spirituelle vont de pair."

Il montre que la manipulation et la distorsion des mots sont des aspects essentiels de la domination totalitaire. Il évite aussi les raccourcis entre régimes totalitaires et notre régime à nous ici en France en ce moment, en se gardant bien de le décrire comme totalitaire...mais tout en nuances. Car en effet, si nous ne sommes pas dans un régime totalitaire, peut-être sommes-nous dans un mouvement totalitaire, en marche vers...ou peut-être pas...mais il montre que certains signes sont inquiétants en ce qui concerne le vocabulaire employé et son évolution. Au lecteur de se faire son opinion. En tout cas, la question reste ouverte. Et je vous la pose d'ailleurs, si vous avez le courage de répondre...

Donc, l'emprise d'un régime politique s'exerce par la langue. Et ce livre explique ce qui se joue quand on parle, ce qui se joue au coeur du langage, aide à réfléchir au langage lui-même.

Première chose: "celui qui parle ou écrit se trouve plus ou moins dans la situation de l'apprenti sorcier qui, par une formule magique, met en branle un processus qui lui échappe."
Le langage a le pouvoir de créer, un pouvoir d'être et de néant, comme si ce qui était écarté du langage n'existait tout simplement pas. Or, est-ce vraiment le cas ? C'est là que l'appauvrissement de la langue et les clichés et stéréotypes ou tout autre "prêt à penser" montrent leur dangerosité en écartant de la sphère du réel ce qui n'est pas parlé...
Par exemple, les jeunes délinquants traités de "voyous", les "racailles", etc., ces termes font disparaître de la sphère du réel tout un pan de la réalité globale de ce que sont ces jeunes, en les stigmatisant et en les réduisant -et donc par là en réduisant la réalité- à un jugement qui s'insinue peu à peu dans tous les discours (en tout cas politiques) sur les jeunes. avant par exemple pour parler de ces jeunes "voyous", on parlait de "mineurs en danger". Aujourd'hui il y a un retournement de sens: c'est d'abord le jeune qui met en péril le reste de la société, donc il ne faut plus éduquer ou être dans la prévention, mais redresser, dresser, s'en protéger. C'est un exemple de ce qui peut se jouer selon les mots que l'on emploie, et ce qui est engagé ensuite en terme de représentations et donc d'action.
Souvent, on oppose le parler à l'agir, alors que les deux sont étroitement intriqués. Avant de changer les comportements, il faut changer les représentations, le discours.

Ou autre exemple, lorsque l'on parle toxicomanie, souvent le sens donné aux mots va faire qu'on les considèrera comme délinquants, ou personnes à soigner. J'ai un exemple récent: on parlait de créer des "salles de shoot" en France et ça a engendré une levée de bouclier des auto-proclamés détenteurs de la morale qui pensaient que ce serait la porte ouvertes à toutes les dérives...
Je suis tombée sur cette phrase de Xavier Bertrand qui pour moi voulait tout dire :

"L'objectif qu'on doit poursuivre, c'est de casser la dépendance à la drogue et pas, d'une certaine façon, d'accompagner la dépendance",

Remplaçons grâce à notre esprit mal placé (?) le terme de dépendance par celui d'usager, et à mon avis on a le sens de ce que voulait dire ce monsieur en premier lieu...

Bon là, c'est moi qui délirais.

Dans le livre, on parcourt donc les idées d'Orwell et de sa novlangue, son effroi devant les vérités objectives, les faits, qui disparaissent car soit on n'en parle pas, soit on manipule le sens. Cf en temps de guerre.

Orwell parlait à propos de la novlangue d'un vocabulaire qui se technicise et déshumanise. Aujourd'hui par exemple, le langage économique se propage dans toutes les sphères, y compris celle du travail social où on voit apparaître les termes de "gestion", de "qualité", d'efficacité, de performances, de résultats,etc. Là où c'est difficile, c'est que personne ne peut être contre la qualité, la démarche qualité. Car le terme est bien choisi pour ça. Qui peut y être opposé ? Seulement il faut chercher derrière le sens qui y est mis et qui est en fait à mille lieu de la qualité, qui vise plus l'étalonnage, la normalisation, etc.

C'est encore moi qui délirais là.

Orwell parle aussi de certains mots dans la "novlangue" qui sont purement et simplement effacés :la liberté, le bien, etc. Aujourd'hui, c'est vrai regardez, on emploie des termes comme "collaborateurs" alors qu'avant c'était "collègues", on ne parle plus de classe ouvrière, on n'emploie plus le terme camarades. Tous ce verbiage un peu inquiétant pour le pouvoir...

Ensuite, dans le livre il y a aussi une étude du langage nazi et du langage communiste et de leurs mécanismes d'appauvrissement de la langue ET de l'esprit. Des pans de réels sont simplement éjectés et rendent impossible leur verbalisation. tout comme leur non verbalisation rend difficile leur observation...
"Arbeit macht Frei " ?

Je ne peux pour ma part, comme vous avez vu, m'empêcher de faire des parallèles avec ce qui se passe aujourd'hui, sans non plus pousser le bouchon trop loin, mais en soutenant que le mécanisme est le même, surtout dans le langage politique la langue de bois bien sûr, mais aussi le fait que le sens des mots est dévoyé sans arrêt au point qu'on ne puisse qu'être d'accord si on n'y prend pas garde.
"Croissance négative".......
Un langage technique comme preuve de sérieux, un langage "hygiéniste", un langage vide de sens, visant surtout à créer des représentations chez les gens et à influencer leur manière de percevoir la réalité, la rhétorique guerrière quand on parle économie (Dejours en parle bien dans Souffrance en France), le terme même de réforme, les "assistés", développement, égalité des chances, tout le langage gestionnaire.

Bon j'arrête là pour l'instant mon premier pavé relou, il y aurait trop de choses à dire.
Dernière édition par caro le Sam 4 Déc 2010 19:49, édité 1 fois.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Yoan » Sam 4 Déc 2010 19:21

caro a écrit:Orwell parlait à propos de la novlangue d'un vocabulaire qui se technicise et déshumanise. Aujourd'hui par exemple, le langage économique se propage dans toutes les sphères, y compris celle du travail social où on voit apparaître les termes de "gestion", de "qualité", d'efficacité, de performances, de résultats,etc. Là où c'est difficile, c'est que personne ne peut être contre la qualité, la démarche qualité. Car le terme est bien choisi pour ça. Qui peut y être opposé ? Seulement il faut chercher derrière le sens qui y est mis et qui est en fait à mille lieu de la qualité, qui vise plus l'étalonnage, la normalisation, etc.

C'est encore moi qui délirait là.


C'est tout sauf délirant.
Je suis en pleine étude des théories développées par Christophe Dejours - dont je vous reparlerai, immanquablement - pour ce qui concerne la souffrance au travail. Et ce vocabulaire de Manager que tu vises là, il le démonte joyeusement sur un tas d'expressions.
Je ne sais pas si ce qu'on avait entamé sur les remises en cause de l'organisation du travail peut trouver une suite ici, ou s'il faudra un topic dédié, mais j'aurai matière à y revenir.

Après, difficile pour moi de réagir à ton post en y apportant une plus-value - J'ai bien pensé à Austin et son "Quand dire, c'est faire", mais je ne suis pas certain de la pertinence du lien - mais à partir du moment où tout le monde conviendra que le langage peut servir à manipuler, je ne vois pas comment on pourrait contester une corrélation avec le totalitarisme. Après, c'est toujours la même chose : dénoncer des points communs, des "signes inquiétants", lorsque l'on parle des formes du pouvoir aujourd'hui à l'œuvre, ça mérite quelque-chose de plus subtil que des réactions effarouchées s'en tenant à vous parler des fours crématoires.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar caro » Sam 4 Déc 2010 19:44

Pour moi ce qui concerne le travail et dont on avait parlé a sa place ici. C'est à relier avec la socio du travail, la psychosocio ou même la socio dans son ensemble. Le thème du travail a été beaucoup étudié dans ces disciplines...
Pour ce qui concerne le langage c'est plus sur son aspect créateur de représentations, créateur tout court d'ailleurs, que je voulais mettre l'accent...sur sa puissance de création, de néantisation, et sur le lien avec l'esprit.

D'ailleurs, on a chacun notre jargon et personne n'est à l'abri de ça. Il ne s'agit pas que des politiques mais de nous tous, tous les jours, dès qu'on ouvre la bouche. On véhicule qu'on le veuille ou non des idées reçues, représentations, etc. Le plus difficile est d'en prendre conscience. Par exemple quand on veut aller vite et ne pas prendre la peine d'expliquer un mot, on en utilise un autre qui est en fait un raccourci, qui tronque ce qu'on veut dire. Mais on veut se faire comprendre rapidement, et du coup ce mot on l'utilise de plus en plus, et de plus en plus il modifie l'air de rien la façon dont on voit les choses et "ça" prend le pouvoir. Dans le secteur social, le mot "usager" par exemple...c'en est un parmi d'autres qui montre qu'on est de plus en plus dans le clientélisme...mais ce mot choque de moins en moins ou alors il est employé à défaut d'un autre et parce qu'il regroupe toutes les personnes que l'on peut accompagner. D'ailleurs j'ai toujours essayé dans mes écrits de mettre "personnes que l'on accompagne" et pas "usager", mais par sûre que j'y ai échappé totalement.

D'ailleurs c'est pareil, on ne met pas la même chose derrière les mots "accompagnement" et "aide" et quelquefois ça irrigue toute la pratique et la conception qu'on a du social...
Dewitte explique bien dans son livre que la langue nazi, on a beau vouloir y résister, elle s'insinue peu à peu, ne serait-ce que parce qu'il y a des choses que les allemands étaient obligés de dire sous peine d'être tués. Il raconte l'histoire de Klemperer qui lui essayait de résister, de garder une parcelle de liberté dans sa tête en ayant conscience que ces mots-là n'étaient pas les siens, même s'ils sortaient de sa bouche. Il les disait "juste" par contrainte. Et puis peu à peu il s'est aperçu qu'on était ou devenait aussi ce qu'on disait et que peu à peu, quoiqu'on fasse, ce langage s'étale comme un cancer, et irrigue la pensée, et il faut un gros effort de résistance pour ne pas sombrer...

C'est un beau passage.

C'est aussi pour ça que j'aime bien quand les gens prennent soin de ce qu'ils disent et s'attachent à ne pas (trop) simplifier leur discours. Il vaut mieux ne pas être compris tout de suite et faire l'effort d'expliquer plutôt que de raccourcir ses phrases...et sa pensée...mais on y passe tous de toutes façons...Mais en plus le français est tellement riche et précis que j'aime bien l'idée de sculpter un discours...
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Binouz » Lun 6 Déc 2010 15:16

C'est aussi pour ça que j'aime bien quand les gens prennent soin de ce qu'ils disent et s'attachent à ne pas (trop) simplifier leur discours. Il vaut mieux ne pas être compris tout de suite et faire l'effort d'expliquer plutôt que de raccourcir ses phrases...et sa pensée...mais on y passe tous de toutes façons...Mais en plus le français est tellement riche et précis que j'aime bien l'idée de sculpter un discours...


Les premiers concernés sont les politiques et surtout les journalistes.
Moi je suis toujours effarée, lorsque je regarde des débats à la télé, et même à la radio à quel point les gens ne s’écoutent pas, simplifient le discours de l’autre pour mieux appuyer leur propre thèse. Une émission dure tant de temps, il faut respecter le timing, et ca explique certains malheureux raccourcis. Ca explique aussi certains comportements agressifs d’ailleurs.

J’écoutais à la radio une intervention d’Hugues Lagrange, le mec qui a écrit Le déni des Cultures. Il était face à une nana de Ni Pute Ni Soumise (ce n’était pas F. Amara).
Bon, déjà que la thèse défendue par Lagrange n’était pas évidente, face à une militante farouche de cette organisation, autant dire que la discussion était impossible. En ajoutant à ce joyeux bordel, les interruptions du journaliste, visiblement débordé par la vélocité de cette interlocutrice, autant dire que H. Lagrange n’a pas pu placer un mot, et est presque passé pour un con.

J’avais envie de casser ma télé (oui, j’écoute la radio via ma Free), parce que ce mec est passionnant. Il voulait juste prendre le temps, défendre sa thèse, calmement en déroulant son argumentation, faire sa démonstration, pour mieux être compris. Et non, l’autre tarée, qui le coupait sans arrêt et qui le faisait passer pour un nazi. Et l’autre connard de journaliste qui devait rester dans son timing.
Ca m’a excédé.
(Je suis entrain de lire le Déni de Cultures, j’en parlerais peut être un jour, si j’ai le temps)
Quand penses-tu ?
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Ash » Jeu 9 Déc 2010 09:12

Dites les filles, pour parler de linguistique, je suis dans le bon topic, hein ? (J'avoue que "sciences humaines" c'est tellement vaste que je sais plus trop !)
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar caro » Jeu 9 Déc 2010 13:59

pourquoi pas...c'est vrai que c'est fourre-tout sciences humaines...on peut tout y mettre selon l'angle d'attaque qu'on choisit pour un sujet...Je dirais donc "lance-toi !"
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar cici » Jeu 9 Déc 2010 14:52

Après je ne sais pas ce que tu voulais y mettre Ash, mais même si ça pourrait aller ici, on peut aussi recréer le topic sur les langues si ça te dit, où on parlait aussi des expressions d'autres pays, etc. ^^ Ça se voudrait un topic un peu plus léger. Mais bon je ne sais pas si ça correspond à ce que tu avais en tête, donc c'est toi qui voit ^^


Sinon je voulais juste dire que c'était très intéressant tout ça, donc merci de te donner la peine d'écrire tout ça Caro ^^ Ca doit pas être facile quand en plus tu dois avoir des trucs de philo à rendre :D
Bon moi j'ai grand chose à ajouter lol, j'avais lu 1984 d'Orwell et c'est vrai que c'est assez éloquent, par rapport à l'utilisation du langage et la façon dont il peut modifier les pensées.

Et je ne sais pas si c'est complètement dans le sujet, mais ça peut peut-être t'intéresser Caro (et d'autres lol), y a pas longtemps en faisant une recherche qui n'avait rien à voir (j'adore le net pour ça lol), je suis tombée sur ce blog, qui parle justement des mots, et, entre autre, analyse quelques discours politiques, leur évolution, etc. Il y a notamment un article sur la fameuse "France qui se lève tôt" de notre cher Sarko, expression qui personnellement m'a choquée dès le début, et il y en a d'autres, je n'ai pas tout lu mais ça a l'air assez intéressant.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Ash » Sam 11 Déc 2010 10:03

Je pense que je vais créer un topic finalement car c'était qqch de plus léger que j'avais en tête en effet.

Je voulais aussi remercier caro et Yoan et binouz et tous ceux qui participent à ce type de topics où les posts sont longs et denses et super intéressants, j'ai pas toujours le temps ou l'envie de participer, mais c'est toujours un régal de vous lire. Donc continuez, please. :)
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Yoan » Mar 14 Déc 2010 22:11

caro a écrit:Aujourd'hui par exemple, le langage économique se propage dans toutes les sphères, y compris celle du travail social où on voit apparaître les termes de "gestion", de "qualité", d'efficacité, de performances, de résultats,etc. Là où c'est difficile, c'est que personne ne peut être contre la qualité, la démarche qualité. Car le terme est bien choisi pour ça. Qui peut y être opposé ? Seulement il faut chercher derrière le sens qui y est mis et qui est en fait à mille lieu de la qualité, qui vise plus l'étalonnage, la normalisation, etc.


Voilà ma foi une introduction fort pratique, je voulais spécifiquement aborder ce point, essayant modestement de relater ce qu'en dit le fameux Christophe Dejours, dont je promets de vous parler depuis des lustres. Et vous n'attendiez que ça, je me doute bien. :]
Je sais que Caro est déjà largement familiarisée avec le Monsieur, dont elle a lu l'ouvrage le plus connu, "Souffrance En France", donc elle pourra peut-être compléter mon propos.
Mais en l'occurrence, là je voulais centrer mon discours sur l'évaluation du travail, parce qu'il en découle les termes de gestion qu'elle évoque, et que ces derniers sont effectivement à remettre en cause d'urgence.
Je ne me vois pas commencer autrement que par ça, donc je vais aborder le plus fâcheux tout de suite : les suicides sur le lieu de travail sont très récents. On les observe concrètement depuis moins de 10 ans, et se sont développés dans des proportions alarmantes. On imagine souvent qu'avec le progrès technique, travailler aujourd'hui est moins pesant que jamais. C'est vrai à certains égards, mais ce qui est en cause ici concerne les systèmes modernes d'organisations du travail, générateurs de pathologies mentales diverses, lesquelles révèlent des failles dans des logiques de Mangement pourtant aujourd'hui banalisées.
Il convient déjà de définir ce que Christophe Dejours appelle le "travail réel". Concrètement, le travail est balisé par ce que l'on appelle des prescriptions. C'est à dire qu'on vous donne une méthode, on vous astreint à des règles, et on vous demande de les appliquer pour, en théorie, travailler au mieux. Simplement, dans la pratique, ces prescriptions sont forcément imparfaites. La réalité du travail induit en effet des imprévus, des pannes, des incohérences organisationnelles, et toutes sortes d'anomalies qui vous pousseront à sortir du strict champ d'application autorisé par lesdites prescriptions, pour parvenir aux objectifs fixés. C'est cet écart entre le prescrit et l'effectif qui définit le travail réel, car il revient au travailleur de le combler, et ce en faisant toujours face à des situations potentiellement nouvelles. Si vos "écarts" vous permettent de bosser mieux, on fermera les yeux sur ceux-ci, voire on félicitera votre prise d'initiative et votre implication. Et on vous filera des bons points. C'est ce qui se passe le plus souvent, alors que les prescriptions en question, les certifications et autres labellisations fumeuses ne sont jamais remises en question. L'entreprise se terre dans le mensonge, en institutionnalisant la triche de façon insidieuse.
Si en revanche vous vous plantez, et que vos infractions aux prescriptions sont mises à jour et réprouvées, vous pourrez être licencié dans le pire des cas. On se trouve là en situation de paradoxe parce qu'en substance, vous pourrez donc être encouragé ou réprimandé pour ce qui relève pourtant d'une même obligation. Dans les deux cas, on feint en tout cas d'ignorer que les prescriptions énoncées sont non-seulement insuffisantes, mais même contre-productives si scrupuleusement appliquées. Il faut les enfreindre, c'est une des conditions de la réalisation des objectifs.
Il lui faut donc développer une capacité d'adaptation continuelle, laquelle s'acquiert par l'expérimentation de l'échec. Travailler en effet, c'est échouer. Lorsqu'on se heurte à des problèmes inattendus, lesquels réclament en quelques sortes d'improviser un savoir-faire qui sort des prescriptions, il faut engager des processus parfois douloureux qui induisent des tentatives pas toujours couronnées de succès, et qui mettent donc le sujet face à l'échec. C'est à force de réflexion et d'opiniâtreté que l'on pourra parvenir à ses fins, ce qui pousse également à considérer que l'expérience de l'échec est une composante primordiale de l'apprentissage. Retenez bien cette phrase si vous souhaitiez me répondre parce que je crains déjà les mésinterprétations : quand Dejours dit que travailler c'est échouer, il n'est pas dans le registre du réquisitoire critique, il établit une relation naturelle et essentielle. On ne peut pas travailler sans échouer.
Or, si l'on veut prétendre évaluer le travail réel, il faut le considérer dans son tout, et ne pas se limiter à sa face émergée. Sa face émergée, c'est quoi ? Bah des grilles d'objectifs, des chiffres... Pour les tâches qui mobilisent la subjectivité des travailleurs (c'est à dire celle qui s'exprime en dehors des prescriptions), on parle de "tâches immatérielles". Or il n'existe pas de proportion entre les efforts consentis pour les accomplir, et ce que le travail expose de visible : chiffre d'affaire, statistiques etc. S'en tenir à ces instruments de mesure performatifs pour évaluer le travail se révèle donc non-seulement insuffisant, mais potentiellement contre-productif. On risque en effet de voir les travailleurs préférer accomplir des tâches peut-être moins nécessaires, mais dont les résultats seront clairement visibles et donc susceptibles d'être récompensés, que d'autres plus fondamentales mais qui présenteront le risque de ne pas être validées ou reconnues. En d'autres termes, on marche sur la tête.
Pour illustrer ce fait, Dejours prend l'exemple d'une planque de policiers dans un quartier difficile, pour arrêter des trafiquants de drogue. Des heures et des heures de planque patiente et minutieuse, beaucoup de moyens sollicités, et pour un imprévu, les "cibles" se barrent l'air de rien. Échec. On rentre au Poste avec une feuille blanche, on se fait taper sur les doigts, parce qu'il faut des résultats. Moralité de l'histoire ? La prochaine fois, ces mêmes flics iront mettre des PV sur les parkings.
Je ne peux pas tout développer, sinon je finirai de rendre ce post indigeste, mais pour en venir à l'évaluation de la qualité à plus proprement parler... On prétend en effet évaluer la qualité du processus de travail, ce qui dans l'idée serait très bénéfique. Sauf que cette forme d'évaluation s'est rapidement révélée devenir un argument marketing et concurrentiel. La chasse aux certifications et labellisations a fait de la démarche qualité non pas une évaluation du travail, mais une prescription. Les effets en ont été désastreux et n'ont fait qu'attiser la pression sur les travailleurs, qui doivent composer avec pour objectif un idéal par essence inaccessible. Par la force des choses, on creuse donc plus encore l'écart entre le prescrit et le réel, et on augmente d'autant l'obligation pour les travailleurs de s'adapter via l'infraction. Encore une fois, le concept de "qualité totale" relève d'un mensonge. Un mensonge que les entreprises se complaisent plus ou moins consciemment à entretenir pour lustrer leur image. Il s'agit d'un idéal, pas d'un objectif viable, et donc encore moins d'une prescription. A titre d'exemple, quand l'usine AZF a volé en éclats voilà quelques années à Toulouse, elle possédait toutes les certifications qualités et labels possibles et imaginables. Quand on ment, le réel ressurgit malheureusement souvent sous des formes dramatiques.
Ajoutons enfin le fait que l'évaluation individualisée des performances a eu notamment pour cause terrible de détruire le caractère solidaire du travail. N'importe qui dans une entreprise est désormais le concurrent de quelqu'un d'autre. Cette isolation est très récente, et c'est ce que les dernières recherches scientifiques ont avancé en premier lieu pour expliquer cette hausse effrayante des suicides.

Je vais m'en tenir là, parce que j'en ai bien conscience, c'est déjà long.
Mais si je m'époumone à en parler autant, c'est déjà parce que le sujet avait été abordé sur Liteboard - donc je poursuis mon discours ici - et parce que ce n'est pas un scoop pour qui me connaît un peu, j'ai passé de très sales années à bosser dans des conditions qui me semblaient aberrantes. En fait, le monde du travail me paraît globalement aberrant, et j'ai ressenti le besoin impérieux de comprendre le malaise que je ressentais.
Et franchement, il est temps de remettre en cause les principes de Management appliqués au burin absolument partout, et réinvestir dans les sciences du travail.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Paint » Mar 14 Déc 2010 22:55

Ce topic est vraiment passionnant. Je suis dans la vie active depuis maintenant 2 ans et demi, et je dois dire que j'ai la chance folle d'avoir un patron absolument formidable. Ce mec-là fait tout pour conserver une atmosphère positive au bureau, est vraiment là pour que ses employés s'épanouissent et je peux toujours compter sur lui, que ça aille ou non.

Mais au final, entre un team indépendant l'année dernière et cette année, où nous sommes désormais sous tutelle d'une grosse compagnie, les différences sont énormes et la pression est vraiment à un autre niveau. On se rend bien compte que la maison-mère tente de nous faire entrer dans un moule et veut tuer toute forme d'individualisme au quotidien. On se bat contre ça mais c'est vraiment tuant et y'a des jours où je me sens vraiment à zéro. J'ai pas à me plaindre, j'ai un patron qui me valorise, encourage toute forme de progrès dans mon travail au quotidien et mes relations avec la maison-mère sont au final limités mais je le plains à lui, personnellement. Il en chie !
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Yoan » Mer 15 Déc 2010 17:43

Disons que malgré tout, il y a manager et manager.
Ce dont j'ai été témoin en bossant dans la grande-distribution laisse quand même songeur. A Lerclerc dernièrement, c'était même un joyeux festival récapitulatif des choses à ne pas faire.

Tous les ans, quand approche l'heure de faire certifier le magasin dans toutes ses composantes (rayons, caisses, accueil etc) par des intervenants externes, la direction s'affole et soumet au personnel une somme de documents à apprendre par cœur. Ça comporte évidemment un tas de trucs inutiles pour l'exercice direct de nos fonctions, mais qui nous permettront de ne pas sécher lors de l'audit, quand on nous demandera la bouche en cœur à combien on loue le service à raclette dispo' à l'accueil. En deux ans, personne ne m'avait jamais parlé de ça. Je l'ai su "grâce" à la certification.
Mais c'est marrant, à côté de ça, on "forme" le nouveau personnel en deux heures, sans même avoir le temps de lui exposer correctement le minimum exigible pour survivre face aux fauves clients. Mais il faut aller vite. Pire que ça, deux semaines après, il faut les contrôler pour s'assurer qu'ils ont acquis ce qu'ils doivent savoir, et là tu te pointes pendant qu'ils bossent avec une feuille de 70 questions, auxquels j'étais moi-même incapable de répondre, même après deux ans de taf' dans l'entreprise, et tu les saoules avec. Généralement, ils font un flamboyant 15/70, mais tu mets que tout est OK, parce que de toute façon, ça marche comme ça. Culte.
Au passage, et pour en revenir à la certification, il faudra également mentir puisque une bonne quinzaines des prescriptions supposées incontournables au bon exercice de notre travail sont effectivement infaisables. Parce que le matériel déconne, parce que les horaires de fermetures ne sont pas respectés ou parce que la direction bricole des solutions bancales à des problèmes réels, tout le temps.
Et la certif' comme ils disent, ils l'obtiennent tous les ans. Après coup ils nous en félicitent d'ailleurs au terme d'un discours bien baveux, en manquant d'éructer un orgasme tellement ils sont fiers.
C'est exactement ce que décrit Christophe Dejours : un mensonge.

Et le réel, ça a par exemple été ma pétition. Alors là, panique, et puis convocations, pression exercée etc...

Je ne parle même pas des pseudo-concours qu'ils mettent en place sans arrêt, du genre "Celui ou celle qui fera remplir le plus de bulletins d'inscription aux clients aura une récompense"... On m'a dit que récemment, une caissière a accusé une de ses collègues de lui avoir justement piqué ses bulletins, pour s'attribuer la récompense. Un grand bravo aux têtes pensantes de la gestion, là encore c'est culte.
Comme en plus il est strictement interdit de discuter, et que cahcun en caisse est au maximum éloigné des autres pour que ça ne puisse de toute façon pas arriver, on voit qu'ils font grand cas de l'importance de l'ambiance de travail. C'est vrai, caissier c'est tellement un bonheur chaque jour qu'il fallait bien qu'ils s'attellent à rendre ça définitivement insupportable.

Après oui, je suppose que ce n'est pas aussi affreux partout. Mais il ne faut pas rêver, le système d'évaluation de la qualité et les certif' mon cul là, c'est généralisé. C'est le boulot des gens qui sont venus inspecter ma façon de travailler, donc non, je ne crois pas avoir vécu une exception.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Yoan » Sam 22 Jan 2011 18:00

cici a écrit:chez moi la procrastination prend différentes formes selon ce que j'ai à faire xD Et parfois je procrastine déjà quand j'ai un truc à faire pour le forum lol... car oui c'est du boulot. Mais quand je suis enfin dedans et que je me prends la tête sur des détails de couleur ou encore de mise en page au millimètre près, ou que je mets 3 jours rien qu'à choisir le bon MOD alors que ce n'est pas si grave que ça quelque soit le choix, ben là je procrastine alors que j'aurais des choses plus importantes ou du moins plus urgentes que ça xD (et sans parler de détails, même le mini-chat par exemple, c'est pas si important, désolée lol, par rapport à d'autres trucs que je fais trainer) mais c’est pas la faute du forum, si c'était pas ça je trouverais sûrement autre chose lol. En tout cas ça m'évite de trop culpabiliser parce que j'ai l'impression de faire un truc plus constructif que jouer aux Sims (que je n'ai toujours pas réinstallé depuis des mois où mon Windows a planté), mais le résultat est le même lol : les trucs vraiment urgents et importants n'avancent pas x_x


Ne m'en veuillez pas, j'ai eu la flemme de couper les quelques posts qui ont suivi la réponse que je cite.

La procrastination est à ce que je crois savoir une pathologie largement traitée en psychologie - d'où je pense le juste recentrage du débat au sein de ce topic - j'ignore en revanche si l'on use du terme "pathologie" pour caractériser toutes les formes de procrastination "ordinaires" puisque ne vous y trompez pas, c'est très certainement quelque-chose que vous pratiquez tous plus ou moins ici. Considère-t-on la procrastination comme une maladie dans ses manifestations courantes et banalisées, ou faut-il constater des dépassements de ce que l'on définit être une norme en la matière ?
C'est plus ou moins problématique au quotidien selon les gens, et selon les formes que la procrastination peut prendre - et elles sont nombreuses - mais il m'apparaît qu'il est souvent difficile d'en parler. Avant toute chose parce que je suis persuadé qu'en ces temps de glorification de la "valeur travail" (expression très discutable s'il en est), on est largement plus enclin à pointer une flemme coupable, d'un doigt accusateur, que d'en étudier les mécanismes profonds.
Je ne m'en exclus pas moi-même puisque malgré tout, parfois, j'ai du mal à voir au delà du glandage inexcusable, du refus de l'effort par manque non seulement évidemment de motivation, mais surtout par manque de la volonté-même de bien faire. Parce qu'à mon très modeste niveau de compréhension de la chose, ce que j'aurais tendance à identifier comme relevant d'un comportement attaquable, c'est l'absence totale de remords, ou d'insatisfaction. A priori, une maladie est vécue comme quelque-chose de pénible, dont on voudrait se débarrasser. Alors grossièrement, et de façon spontanée, j'aurais tendance à penser que celui qui fout rien, et qui n'en souffre d'aucune manière, est celui que l'on peut secouer. Je me demande juste s'il en existe tant que ça.
A la limite, peu importe. Moi je pourrais surtout témoigner de ma manière de procrastiner, qui correspond en quelques mots à ce que l'on nomme la peur de l'échec. Parmi les choses que j'ai le plus de mal à faire, postuler à des offres d'emploi figure en haut de la liste. Je devrais d'ailleurs m'en inquiéter, parce que le statut de chômeur est de plus en plus sanctionné (je ne développe pas ici, mais on sait les mesures prises par Nicolas Sarkozy à ce sujet). Il n'empêche qu'au delà de l'inconnu que renferme un nouvel emploi, au delà des mauvaises expériences déjà vécues au sein du monde du travail, lire les profils de postes me met devant une réalité glaçante. On exige une somme de compétences souvent surévaluée, et on sent déjà poindre des attentes fermes. C'est le jeu de la concurrence, et nous y sommes tous soumis, certes. Mais je doute que nous soyons tous égaux devant de telles difficultés, et pour mon cas, je suis bien forcé d'admettre qu'il m'est arrivé de me tourner vers des jobs pour lesquels j'étais surqualifié, probablement pour me rassurer. On m'a parfois dit que j'étais courageux d'avoir fait les tafs que j'ai faits, mais en un sens c'était surtout le contraire. Cela me donnait d'ailleurs l'impression de faire ce qu'il fallait faire, de pouvoir justement dire "voyez, c'est pas ma faute, je me donne du mal", et cacher ma crainte d'échouer dans ce qui aurait dû constituer le gros de mes recherches de boulot. C'est une forme de procrastination, et je vous assure, ça ne m'a jamais rendu service.
Il y a donc certainement là pour moi un travail à effectuer pour vaincre cette peur, mais j'ai souvent l'impression que la violence du marché du travail ne m'aide pas le moins du monde.

Je m'en tiens là pour l'instant, mais ça m'a amené à me demander comment dès l'école on instituait l'obligation de réussir, notamment via les notes. Je pense sincèrement qu'il y a déjà là des choses à changer.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar caro » Dim 23 Jan 2011 01:23

Mince, j'avais commencé un "complément" sur Dejours mais je l'ai bêtement perdu. T'façon il était pas fini. Mais j'y reviendrai quand même...

Sinon...

La procrastination "Largement traitée" peut-être pas mais disons qu'en général ça ne constitue pas non plus une pathologie en soi. C'est plutôt un symptôme d'autre chose...Comme tu dis plus loin une peur de l'échec, voire une névrose d'échec, par exemple.
Après, c'est comme tout le reste, tous nos penchants, toutes nos névroses, etc. : tout est question de degré. On procrastine tous plus ou moins selon les périodes, selon le enjeux. C'est quand ça devient un fonctionnement qui se systématise et qui freine, qui fait échouer ou qui fait souffrir qu'on peut commencer à parler de pathologie.
Ce que je veux dire je crois c'est qu'il n'y a pas de frontière, de limite fixe et nette entre normal et pathologique. En fait dans les pathologies mentales on retrouve des conduites "ordinaires" (on retrouve l'épineuse question de la norme) mais qui sont amplifiées, exagérées et freinent la personne. C'est d'ailleurs pour ça que quand on prend des cours de psycho par exemple, on a l'impression d'avoir toutes les pathologies du monde alors qu'en fait tout est question de degré.

Parce qu'à mon très modeste niveau de compréhension de la chose, ce que j'aurais tendance à identifier comme relevant d'un comportement attaquable, c'est l'absence totale de remords, ou d'insatisfaction. A priori, une maladie est vécue comme quelque-chose de pénible, dont on voudrait se débarrasser.


Il y a certains troubles qui ont pour symptôme une absence de culpabilité pourtant. Cette absence peut faire partie d'une maladie. Bon, l'exemple le plus facile et simpliste c'est la psychopathie mais là n'est pas le sujet.

La procrastination ça peut être plein de choses, comme chaque symptôme en fait : souvent ça ne fait sens que pour une personne dans un fonctionnement et un contexte donné, et ça dépend de l'histoire de chacun. Même si on retrouve certains traits communs, la signification du symptôme n'est toujours valable que pour une personne. C'est surtout la manière dont c'est vécu et dont la personne en parle qui importe.
Ça peut être peur de l'échec, peur d'atteindre un but quand celui-ci s'approche, ou plein d'autres choses...

Bon, à la base c'était pour dire que j'aime bien ce que tu dis de la peur de l'échec, c'est vachement intéressant tout ça.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Yoan » Dim 23 Jan 2011 03:37

caro a écrit:Mince, j'avais commencé un "complément" sur Dejours mais je l'ai bêtement perdu. T'façon il était pas fini. Mais j'y reviendrai quand même...


J'ai lu la dernière édition de "Travail, Usure Mentale" depuis mon dernier post sur Dejours (cela dit, on peut évidemment compléter avec d'autres auteurs), mais je n'ai moi-même pas osé compléter parce que j'ai douté que ça puisse intéresser grand-monde.
Mais je suis très curieux de lire ce que tu aurais à en dire, à l'occasion.

Bon, à la base c'était pour dire que j'aime bien ce que tu dis de la peur de l'échec, c'est vachement intéressant tout ça.


C'est la partie de mon message qui me met pourtant le plus mal à l'aise parce que j'y dévoile des choses un tantinet personnelles. Mais c'est précisément en s'exprimant sur ce mode qu'on dit certainement le moins de bêtises.
D'ailleurs pour ce que je disais être plus "attaquable", en abordant l'absence de signes visibles de culpabilité ou de souffrances, j'essayais juste de désamorcer - sans prétendre détenir une véritable réponse - ce qui posera toujours problème sur un tel sujet : certains diront en effet grossièrement "un feignant c'est un feignant, point barre, et il n'y a pas d'excuses à lui chercher". Or, et même si c'est probablement la meilleure façon d'amener le sujet sur son versant le moins intéressant, j'ai quand même l'impression que tant qu'on n'aura pas évacué cette espèce de haine aveugle du flemmard, on ne pourra pas en parler de façon totalement libérée.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Binouz » Lun 24 Jan 2011 17:55

Vive la procrastination !
Je n'ai jamais vu ça comme une pathologie, ni même comme un symptôme, mais plutôt comme une manifestation d'un mal être. Plus ou moins profond, et plus ou moins inquiétant, en fonction du handicap qu'il crée dans la vie courante de l'individu.
Il m'est déjà arrivé de m'inquiéter pour des proches, le déclenchement à souvent été l'inaction. Au début, c'est rigolo. Après, c'est pénible. Après c'est inquiétant.
Un ami à moi a 30 ans et est un musicien hors pair : il se lance des défis genre rejouer Aenima de Tool à la batterie en 1 an. Il ne sort jamais de chez lui. Jamais. Il ne vient jamais aux apéros, oublie même les concerts pour lesquels il a payé sa place. Il n'a jamais travaillé. A 31 ans, il vit toujours avec sa mère.
Au début, ca faisait parti de sa personnalité, on se moquait de lui. Maintenant, on est franchement inquiets. Lorsqu'on perd pieds et qu'on est complètement déconnecté de la réalité, oui, c'est un symptôme peut être plus profond que le simple glandouillage, qu'on a tous vécu et que, j'espère vivre encore !

Ensuite, j'en connais quelques-uns qui préfèrent ne rien faire que de faire "mal". Que l'échec, ou plutôt la peur de l'échec tétanise au point de s'isoler. Et j'ai l'impression, et là, je ne vise pas Yoan (du moins, pas nécessairement), que ce sont des gens souvent brillants, qui ont un degré d'exigence envers eux même tel qu'ils se sabotent. Être à 0/10 sciemment qu'à 6/10.
Pour certains, ca se manifestera en faisant des "taf de merde" pour se donner bonne conscience, pour d'autres, ce sera de se noyer dans l'alcool en jouant les artistes ratés (me suicider plutôt que de ne pas atteindre le niveau que j'exige de moi-même).
M'enfin, c'est intéressant comme sujet.
Quand penses-tu ?
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar cici » Jeu 27 Jan 2011 19:51

Je ne sais pas trop par où commencer donc je vais déjà essayer de répondre à ce que Yoan m'a répondu dans un autre topic (pas sûre que ce soit intéressant pour tout le monde ^^; ) :
Yoan a écrit:Oui, mais là comme ça, je ne vois pas forcément le travail sur des photos comme quelque-chose d'infiniment plus rébarbatif que de s'occuper de ce forum, ou même de très loin plus important et plus urgent. D'autant que les photos, a priori tu aimes ça, et c'est un plaisir avant tout me semble-t-il. Pas seulement oui, mais en large partie malgré tout.

En fait là encore tu pars du principe qu'on ne procrastine que pour éviter une chose qu'on n'aime pas en la remplaçant par une chose plus agréable. C'est un peu ça d'ailleurs, mais toi de ton point de vue tu ne peux pas voir pourquoi tel truc est plus facile pour moi qu'un autre, ce qui est normal (plus facile ne veut pas forcément dire plus agréable d'ailleurs). Bon du coup je vais devoir encore parler de moi aussi lol. En gros pour prendre comme exemple les trucs que je fais pour le forum et les photos, ce n'est pas la même implication, ça ne représente pas la même chose pour moi, et je me mets sûrement plus de pression pour mes photos. Ensuite, et c'est un peu lié à la pression qu'on se met, il y a le perfectionnisme. C'est une cause courante de la procrastination apparemment, ça peut d'ailleurs avoir comme conséquence le fonctionnement dont parle Binouz (on préfère ne rien faire que de mal faire). Pour ma part, je suis tellement perfectionniste (pour certaines choses), que quand j'arrive à me mettre à faire un truc, je peux y passer des heures. Pour des détails que moi seule vais voir, parfois. Mais je n'arrive pas à faire autrement (ou alors je ne suis pas satisfaite). Alors quand j'arrive à m'y mettre, c'est super (sauf que des fois j'ai du mal à m'arrêter ce qui peut AUSSI poser problème xD ), mais souvent le problème c'est justement pour m'y mettre. Parce que je sais que je vais y passer du temps, et que ce sera parfois fastidieux, donc ça me décourage, même si c'est souvent moi qui me complique les choses ! Donc oui c'est très con, et du coup je culpabilise parce que je le sais très bien. Ça ne change rien au fait que ça me bloque parfois très longtemps.

Ensuite on peut penser que la procrastination n'a qu'un effet négatif, mais en fait, elle peut même être productive ! Puisqu'on va avoir parfois tendance à remplacer une chose qui nous est compliquée (pour diverses raisons), par une autre plus "facile", ça peut nous amener à faire des choses qu'on aurait du mal à faire dans un autre contexte, ou simplement pour lesquelles on ne prend pas toujours le temps, mais qui là vont par exemple nous aider à procrastiner sans trop culpabiliser... puisqu'on fait quelque chose quand même :D On peut se mettre à ranger son bureau pour repousser le fait de se mettre à une dissertation, dessiner au lieu de réviser, se mettre à faire la cuisine alors qu'habituellement on mange sur le pouce, recontacter des amis... etc. Tout ça n'est pas forcément contre-productif, simplement inconsciemment ou non parfois on repousse quelque chose en en faisant une autre. et je dirais que justement plus ce qu'on fait en remplacement est "utile", et moins on se rend compte qu'on met de côté d'autres choses, qu'on procrastine. C’est pas forcément grave d'ailleurs, on peut très bien fonctionner comme ça et en être content et ça peut ne pas poser de problème puisque justement cela permet quand même d'arriver à faire certaines choses. Je devrais peut-être me trouver un projet complètement irréalisable que je repousserais alors en bossant plus souvent sur mes photos xD Pas sûre que ça marche quand ça devient conscient lol...

Il peut aussi y avoir en jeu l'effet de "récompense", ou de satisfaction du résultat plus ou moins immédiat... On va avoir tendance à faire plus facilement des choses pour lesquelles on va tirer un résultat plus immédiat. Ça peut donc jouer dans l'ordre dans lequel on va choisir de faire des choses. Le livre-photo sur lequel je travaille en ce moment (ou plutôt sur lequel je devrais travailler), même si j’arrive à m'y (re)mettre, ne sera pas terminé en une soirée, ni même 2 ou 3. Le boulot me parait donc énorme et me fait d'autant plus peur, et je n'en vois pas le bout (alors que je l'ai pourtant déjà bien avancé, mais plus depuis un moment)... L'ajout du mini-chat s'est fait très rapidement en comparaison, le résultat était bien plus rapide (un peu de temps que j'ai pas calculé à la recherche de la solution, une petite matinée de copiés/collés au taff (en faisant d'autres choses), une soirée de mise en place et ajustement de couleurs et design), même si le boulot était moins marrant. (vous remarquerez quand même que pas mal de temps est passé entre le moment où j'ai dit que j'allais le mettre en place et le moment où je l'ai vraiment fait ^^;; ) (parce que j'ai un peu procrastiné AUSSI pour m'y mettre ! jusqu'au moment où je n'avais plus que ça et d'autres trucs pour lesquels j'avais encore plus de mal à m'y mettre) (bref).
Aussi, pour le livre-photo par exemple, la non-motivation ou plutôt motivation difficile due au fait que le résultat et ses effets me paraissent loin peut aussi être renforcée par le fait que par exemple, les personnes pour qui je fais ce livre-photos n'ont pas spécialement réagit suite à certaines photos (en rapport avec le livre) que je leur avais envoyé précédemment et sur lesquelles j'avais passé du temps. Il me semblait qu'ils voulaient en faire tirer, je ne sais pas s'ils l'ont fait et si c'est le cas je n'ai pas eu de retour à ce sujet...
Pour un exemple un peu plus général, pour des devoirs ou des révisions qu'on a du mal à démarrer, la façon dont on a pu être félicité/récompensé dans l'enfance peut jouer aussi. Et selon les individus, l'effet "récompense" va avoir plus ou moins d’importance dans la procrastination. Même si je pense qu'il ne peut pas y avoir que ça, ça peut être un des éléments.

Pour les photos bien sûr que ça me plait. Ce que j'aime particulièrement (en dehors de la prise de vue, qui peut comprendre des blocages aussi mais différents) c'est travailler sur une nouvelle photo, chercher les réglages qui feront ressortir ce qui m'a plu au moment de la prise de vue, ou rattraper une photo difficile, parfois découvrir une "nouvelle" image dont je n'avais pas forcément vu le potentiel, etc. Donc quand je rentre avec mes photos, je vais parfois passer du temps sur une ou deux, le problème c'est que si je voulais faire une série de photos sur un même sujet, je vais devoir traiter toutes les autres images de la même manière, et là on n'est plus dans le domaine du tâtonnement qui m'amuse, mais plutôt dans le travail à la chaîne qui devient assez fastidieux...
Mais bien sûr copier/coller des lignes de code dans des fichiers c'est fastidieux aussi, pour revenir à ce que je fais sur le forum. Mais comme je disais, aux photos s'ajoutent je pense une certaine pression, et une implication émotionnelle certainement différente...

Bon ensuite, même si je suis de plus en plus hors sujet, je voulais répondre aussi sur le caractère urgent, pour mes photos lol. Le caractère "important" on le retrouve déjà un peu dans l'implication personnelle/émotionnelle. A titre tout à fait personnel, je préférerais avancer sur mes photos que sur le forum lol, même si j'aime bien améliorer le forum ça ne représente pas la même chose enfintacompri xD Pour l'urgence, bah c'est tout bêtement que ça s'accamule toujours plus, et qu'à un moment, ça va devenir impossible de traiter un jour certaines photos, simplement parce qu'il y en aura bien trop à traiter. Alors pour mes ptites photos perso que personne n'attend ce n'est pas trop grave (même si j'aimerais bien montrer mes photos de vacances ne serait-ce qu'à mes parents, mais même ça j'ai du mal tant qu'elles ne sont pas au moins triées), mais pour des photos de mariage par exemple, ça l'est un peu plus (surtout celui où j'étais la seule photographe... je vous rassure, ces mariés-là ont eu les photos non retouchées, mais je voulais leur faire un beau livre-photo où là elles seraient retouchées, celui dont je parle plus haut d’ailleurs... et pour moi les photos non-retouchées c'est pas du travail fini (dans le cas d'un mariage où on m'a demandé d'être la photographe "officielle" hein)). Surtout que du coup j'évite de m'occuper d'autres photos tant que j'ai pas fini ça, et que le mariage commence à dater donc ça devient abusé.... Bref oui pour moi là c'est important et un peu plus urgent, surtout si j'espère faire ça sérieusement un jour... m'enfin quand on lit ce post on peut voir que j'en suis loin ou du moins que j'ai du boulot... (Paint va changer d'avis >_< ). Mais peut-être que justement je procrastine aussi de peur que ça devienne sérieux ? ^^;; Parce qu'alors là la pression... et puis la peur que ça ne mène à rien... Et là on rejoint la peur de l'échec dont parle Yoan...

Breeeef hum j'ai beauuuuucoup parlé de mon cas (sorry ^^; ), et c'est différent pour chacun, comme l'a dit Karo la procrastination peut prendre différentes formes et avoir différentes causes selon les personnes.
Après on peut se reconnaitre dans certaines choses. Pour la recherche d'emploi je suis aussi un peu comme Yoan :roll:
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Yoan » Jeu 27 Jan 2011 20:55

Tiens, je trouvais étrange que tu ne m'aies pas répondu. Mais j'imagine que tu as pris du temps pour écrire ça, et que ça ne date pas tout à fait d'aujourd'hui.

Simplement, mes remarques étaient parties d'une boutade, que je n'ai pas très bien justifiée ensuite. Mais les précisions que tu donnes là sont intéressantes, et j'étais justement en train de me dire que le terme "perfectionnisme" était bizarrement devenu un cliché. C'est l'exemple-bateau du défaut qui n'en est pas tout à fait un dans l'Inconscient collectif, et là je suis obligé de parler des simulacres d'entretiens pour postuler à un taf'. Si vous dîtes "Mon défaut ? ... Perfectionniste !", on va vous rire au nez et soupçonner que vous avez balancé le stéréotype flatteur du bosseur qui bosse trop. J'admets d'ailleurs que ça me fait rire moi-même tant ça a été soit-disant décrypté dans des parodies d'ateliers pour "préparer son entretien". Par contre, si vous dîtes "J'ai un gros problème avec la procrastination", on va très vite vous montrer la porte. Il faut donc trouver un autre défaut avantageux, mais de façon plus subtile. Ces raccourcis sont d'autant plus risibles que de l'un à l'autre, on a pourtant tôt fait de faire des liens tangibles, comme tu viens toi-même de le démontrer. Mais comme d'hab', il faut jouer le jeu, aussi pathétique soit-il.

Mais puisque j'en parle, les entretiens d'embauche, ça mériterait bien un long paragraphe implacable tant c'est souvent une succession de bêtises à moitié scénarisées qui poussent les employeurs comme les candidats à se survendre.
Me survendre ne m'intéresse pas, pourtant il m'a bien fallu y passer, et je trouve ça à chaque fois ridicule. Et forcément, ça ne me motive que peu à m'y recoller.
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar caro » Sam 23 Avr 2011 20:04

[BBvideo 425,350]http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2011/CBF/LapresmidiPorteConseil201102211409_1.asx[/BBvideo]

J'ai l'impression que ce truc n'intéressera que Yoan :D ...
mais, parce qu'il n'y a pas que Dejours dans la vie :] ,Vincent De Gaulejac est une autre pointure en sociologie. Il a écrit notamment La société malade de la gestion,
L'histoire en héritage, roman familial et trajectoire sociale, Les sources de la honte, et le petit dernier Travail: les raisons de la colère.

Et donc voilà une émission de radio à laquelle il a participé au Canada et dans laquelle il parle de souffrance au travail, des dégâts de la gestion actuelle des ressources humaines, les hypothèses sur cette souffrance, etc...Il reprend un peu les bases de socio du travail mais après il développe plus sur l'individu et les contradictions auxquelles il doit faire face afin de pouvoir exister en tant que sujet. Hum. Bref.

(j'arrive pas à intégrer la vidéo directement :pen: )
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Re: le topic des sciences humaines

Messagepar Yoan » Sam 23 Avr 2011 22:07

Juste vite fait, parce que j'ai pas le temps de développer là :

- Apparemment, le Net ne manque pas de vidéos avec Vincent De Gaulejac - même si en l'occurrence, je n'arrive pas à lire celle que tu as essayé de lier - donc j'aurai de quoi approfondir le sujet. Et avec grand intérêt, parce que ça semble certes étrange à la plupart des gens normalement constitués, mais le sujet me passionne.

- Je n'ai pas eu le temps de lire, mais, tel un fan, j'ai acheté "Souffrance en France" de Dejours. Donc, je reviendrai éventuellement là-dessus.
Et pour la précision, il me semble qu'il est moins sociologue que psychiatre, psychodynamicien du travail, et médecin du travail. D'où un angle d'attaque peut-être différent.



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