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Nos lectures
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Auteur:  Yoan [ Jeu 27 Déc 2012 18:37 ]
Sujet du message:  Re: Nos lectures

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Faut-il manger les animaux ?

Ce bouquin est une bénédiction. Ou une malédiction, c'est selon, parce qu'il vous sera difficile de le refermer sans vous demander si votre régime alimentaire ne mérite pas d'être copieusement revu... Alors là, vous vous dîtes sans doute "Ok, ça doit être un brûlot à charge contre les carnivores dans mon genre. Un truc bien culpabilisant et donneur de leçons". Or, pas du tout. C'est même ce qui fait tout l'intérêt de ce livre, qui est à la fois une enquête de terrain largement documentée, mais aussi un véritable objet de réflexion qui laisse filtrer doutes, émotions, humilité, recul, nuances, humour, courage, convictions... Comme si on se trouvait quelque part à la croisée de la littérature, de la philosophie, du reportage d'investigation, et du témoignage intime. Savant mélange, troublant d'intelligence, étonnamment limpide et prenant.
Je pense d'ailleurs que cette multiplicité des angles d'analyse se justifie 100 fois sur un tel thème, qui mobilise à peu près tout ce qu'on est. Le rapport nourriture/culture est un sujet dont on ne soupçonne pas forcément tout ce qu'il soulève de passionnant et fondamental.

Après, vous vous doutez bien que vous n'y apprendrez pas que des choses franchement ragoûtantes, mais s'il vous intéresse d'ouvrir les yeux sans pour autant vous sentir tyrannisé, c'est à ma connaissance ce qu'il faut lire en priorité. J'avais pris des tas de notes, tant le contenu est riche sur le plan environnemental, scientifique, philosophique... Mais à moins de faire des copies de chapitres entiers, je ne pourrai jamais qu'effleurer la portée de l'ensemble. Alors je me contenterai de dire que "Faut-il manger des animaux ?" est bien plus qu'un outil de promotion pour la cause végétariste, il est la quintessence d'un débat essentiel. Garanti qui plus est sans moralisme grossier.
Auteur:  silverson [ Sam 12 Jan 2013 01:05 ]
Sujet du message:  Re: Nos lectures

J'ai eu ce bouquin à Noël! J'ai un peu peur de le lire :|
Auteur:  Yoan [ Sam 12 Jan 2013 01:32 ]
Sujet du message:  Re: Nos lectures

Petite "mise en bouche" si j'ose dire. :D

Les Inrocks a écrit:

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’abandonner le roman pour écrire un livre de non-fiction ?

Jonathan Safran Foer - Je suis avant tout un romancier et je ne pense pas écrire à nouveau de la non-fiction car ce que j’aime le plus, c’est la liberté qu’offre le roman. On peut y inventer tout ce que l’on veut. Sauf qu’avec ce livre, c’était impossible parce que je me sentais investi d’une vraie responsabilité par rapport aux faits. Nous nous trouvons à un tournant important, c’est maintenant qu’il faut corriger nos erreurs. Nous pouvons commencer à manger différemment, à élever les animaux différemment et à sauver ce à quoi nous accordons de la valeur. Ma génération est la dernière à faire encore l’expérience de l’idée du rêve américain, qui n’a peut-être jamais été vraie mais qui reste présente. Après, ce sera trop tard.

Quand avez-vous commencé à vous interroger sur la viande ?

Je me suis toujours senti concerné mais, comme la plupart des gens, davantage comme spectateur que comme participant. Je ne suis ni meilleur ni pire que les autres. Je me sens concerné aussi par les guerres mais la question de la nourriture est différente : c’est quelque chose qui m’oblige à prendre des décisions plusieurs fois par jour. Des choix inévitables. Les gens me demandent souvent pourquoi j’ai écrit un livre au sujet des animaux et pas des génocides par exemple, comme si on ne pouvait pas s’intéresser à plusieurs choses à la fois. Bien sûr que je m’intéresse aussi aux génocides ou à la faim dans le monde mais j’ai écrit ce livre autour des animaux et de l’élevage parce qu’il y a un silence très étrange, insoutenable, qui entoure la question de la viande.

Il y avait urgence à nous informer ?

Les gens imaginent en savoir plus que ce qu’ils savent vraiment. Instinctivement, ils sentent quelque chose mais ne connaissent pas la vérité dans ses détails. Or, elle peut changer nos vies. Qui se fiche de la qualité de l’air ou de l’eau ? L’élevage industriel est la cause première du réchauffement climatique, peu le savent précisément.

Il arrive que les animaux qu’on nous vend soient malades…

Ils le sont tous ! La chose la plus bizarre au sujet de cette industrie n’est pas qu’il puisse arriver des choses exceptionnelles, c’est que l’exception soit la règle. Et c’est délibéré, ce n’est pas accidentel. Il existe une compagnie aux Etats-Unis qui concentre à elle seule 7000 accusations de violations de la propreté de l’eau. Si vous avez dix violations, c’est mal, mais 7000 c’est un plan. Deux poulets élevés sur trois ne peuvent pas marcher. Ce n’est pas un accident, c’est délibéré. Ces animaux sont élevés pour devenir tellement gros qu’ils finissent par ne plus pouvoir marcher. Les fermiers ne sont ni méchants ni sadiques – je les ai rencontrés -, mais la règle de ce business est le profit. Et les animaux malades génèrent plus de profits que les animaux en bonne santé. Les fermes qui détruisent l’environnement gagnent plus d’argent que les fermes qui y font attention.

D’autre part, le lobby des fermes industrielles est extrêmement puissant. Ils ont 2000 lobbyistes à plein temps et dépensent des centaines de millions de dollars en publicité, en congrès. Quand mon livre est sorti, j’ai eu un email de plusieurs groupes industriels me disant qu’ils devaient se protéger du lobby végétarien hyperpuissant (rires). J’ai fait des recherches et une telle chose n’existe pas. Ça en dit long sur leurs mensonges. Quand on voit une étiquette sur les paquets de viande qui dit "happy cow" (vache heureuse), c’est un mensonge. Le marché de la viande est un commerce basé sur le mensonge.

Vous démontrez que même les termes "bio" ou "élevées en plein air" sur les boîtes d’oeufs sont faux…

"Élevées en plein air", ça ne veut rien dire. C’est juste une étiquette qui donne aux gens l’envie d’acheter. Pas parce que ces œufs sont meilleurs (ils ne le sont pas) ou parce que c’est meilleur pour leur santé (ça ne l’est pas). Ils achètent parce qu’instinctivement ils pensent que c’est la bonne chose à faire. Parce qu’ils savent que ce n’est pas bien de garder un animal dans une cage de la taille d’un ballon de foot.

Vous montrez que même manger du poisson participe d’une destruction de l’environnement. Il n’y a pas d’issue aujourd’hui sinon d’être végétalien ?

Je ne dis pas exactement cela. Moi-même, je ne suis pas parfaitement cohérent. Je ne mange ni viande ni poisson mais il m’arrive de manger des oeufs et de boire du lait. On peut toujours dire aux autres que c’est terrible et qu’il faut devenir végétarien, sauf que le monde ne va pas devenir végétarien du jour au lendemain. Mieux vaut essayer d’être le moins dupe possible du système. Au lieu de déclarer qu’on va devenir végétarien, ce qui est peu vraisemblable, commençons déjà par réduire notre consommation de viande. Si les Américains mangeaient un plat de viande en moins par semaine, en termes de pollution cela reviendrait à supprimer six millions de voitures sur la route. Ça, c’est possible.

Ce qui est formidable avec ce problème, c’est qu’il est très facile à résoudre : on n’a pas besoin d’aller mettre le feu aux fermes industrielles, ni d’élire un nouveau gouvernement, ni de dépenser des millions. Tout ce qu’on a à faire, c’est manger moins de viande.

Ne pensez-vous pas que les gens sont de plus en plus indifférents ?

Au contraire, ils n’ont jamais été autant intéressés par l’éthique. Le problème, c’est l’accès aux informations, très difficile. Pour en obtenir, il a fallu que je me rende dans ces fermes par effraction, au milieu de la nuit, entièrement habillé en noir pour ne pas me faire repérer. Comment blâmer quelqu’un de ne pas savoir ? Dans les collèges américains aujourd’hui, il y a plus de végétariens que de catholiques, c’est devenu un vrai phénomène politique. Quand ces 18% de végétariens vont devenir actifs, vont devenir les journalistes ou les politiciens de demain, le point de vue sur la question de la viande va complètement changer.

Il y a dix ans, quand vous disiez à des amis que vous étiez végétarien, ils vous en demandaient la raison. Aujourd’hui, plus de problème. Dans dix ans, la question sera : "Pourquoi mangez-vous de la viande tout le temps ?". La consommation de la viande va évoluer comme celle du tabac aujourd’hui : légale mais régulée.

Comment en arriver à cette régulation ?

Il faut avoir un accès total à l’information. Sur un paquet de cigarettes, on a la composition de la clope et une étiquette prévenant des dangers que fumer représente. Sur un paquet de viande, on trouve l’image d’une ferme heureuse. C’est fou ! Il faudrait une étiquette disant que manger de la viande issue d’animaux élevés en ferme industrielle est la première cause de pollution de l’eau et de l’air, du réchauffement climatique, que cela rend nos antibiotiques moins efficaces (car les animaux en sont bourrés) et que manger de la viande provoque les causes de mort les plus courantes (cancer, crise cardiaque…). Pourquoi ces informations seraient moins importantes que la composition des cigarettes ?

Pourquoi écrire cet essai à travers votre rapport personnel à la nourriture ?

Parce que je ne suis pas plus parfait qu’un autre. J’aime la viande, je ne suis pas contre le fait de tuer des animaux mais je me soucie de leur bien-être et je suis conscient de la signification culturelle des aliments. Si vous dites non à un plat, vous faites plus que refuser des calories : vous changez une histoire, celle d’un pays ou celle de votre famille. Mais si le goût et les codes culturels ont de la valeur, il me semble que certaines choses en ont plus aujourd’hui, comme essayer de changer nos idéaux, être éthiques.

Je n’aime pas particulièrement les animaux à part mon chien, je n’ai pas de passion particulière pour les poulets ou les vaches mais il y a certaines choses qu’on ne doit pas leur faire. Si vous prenez une centaine de personnes en France, tous horizons confondus, et que vous leur demandez si ça leur paraît bien de manger de la viande, 98% vont répondre oui. Maintenant, demandez à ces mêmes personnes si c’est bien de garder une truie enceinte dans une cage si petite qu’elle ne peut même pas se retourner pour accoucher : 98% vous répondront non. Ce qu’il faut, c’est poser les bonnes questions. Des questions pragmatiques, pas philosophiques.

Quelle est la chose la plus choquante que vous ayez vue au cours de votre enquête ?

A quel point l’horreur est systématique ! En Amérique, 99% des animaux que l’on mange viennent de ces fermes-usines. En France, 93 ou 94%. En Allemagne, 95 ou 96%. En Europe, l’Allemagne et le Danemark sont les pires mais c’est un problème global.

Vous évitez constamment la métaphore du camp de concentration alors qu’elle serait facile. Comment, en tant qu’écrivain, écrit-on un tel livre ?

Je n’aime pas ces analogies. On n’en a pas besoin. Il suffit de décrire le fonctionnement de ces fermes pour comprendre, pas besoin d’être redondant. Les statistiques, c’est pratique pour nous impressionner, pas pour nous changer. C’est pourquoi en plus du texte, j’ai fait des croquis. Et pour bien montrer que lors de la pêche d’un certain poisson tous ceux qui se trouvent autour sont détruits, je dis que quand vous mangez des sushis, la masse de poissons qui ont dû mourir pour votre petite assiette équivaut à la surface d’une table. Je voulais avant tout être concret. Et, plutôt que de seulement transmettre l’information, en faire une histoire. La nourriture est tellement imbriquée dans notre vie qu’il faut des histoires pour nous en défaire.

Comment ces lobbies ont-ils réagi à la sortie de votre livre ?

J’ai eu deux avocats pour suivre le livre, mon éditeur également car nous étions convaincus que l’industrie allait nous attaquer – c’est habituellement ce qu’ils font. Et là, aucune réaction. Pourtant, ça a été un gros truc aux Etats-Unis, le livre figurait sur la liste des best-sellers du New York Times et a dû se vendre à quelque 300 000 exemplaires. Donc ils savaient. S’ils n’ont pas contesté, est-ce parce qu’ils ne veulent pas poursuivre la discussion ? Ils savent que plus on en parle, plus les gens vont se mettre à penser à la question de la viande. Qu’est-ce qu’un commerce basé sur le fait que les gens ne doivent pas penser ?

Nelly Kaprièlian


Mais certains passages du livre sont assez étonnants. Notamment ceux qui donnent la parole à "l'ennemi". Je pense notamment à quelques pages qui sont le discours d'un éleveur de bétail, et qui traduisent bien à quel point la situation est complexe selon les points de vue.
Auteur:  Yoan [ Mar 12 Fév 2013 17:49 ]
Sujet du message:  Re: Nos lectures

Je voudrais revenir deux secondes là-dessus :

Finquel a écrit:J'ai récupéré une liseuse. J'entends déjà les "bhouuuuuu c'est mal". Oui, je sais, et c'est justement pour ça que j'en ai chopé une. Je voulais connaitre mon ennemi pour le combattre encore mieux. Voici donc ce que j'ai appris:
Honnêtement, si on en prête une (moi j'ai la sony prs T2) à tous les lecteurs pendant un mois pour qu'ils essaient.... le livre papier est mal. C'est vraiment top comme technologie. Rien à voir avec une tablette dont le retro éclairage te flingue les yeux. L'encre numérique est une excelente trouvaille.


Je pensais un peu la même chose, avant de lire ça :

Stratégies a écrit:La mort imminente des liseuses numériques
Sauf s'il parvient à se réinventer, c'est un objet qui risque d'être bientôt aussi ringard que le Tatoo des années 90. Les ventes de liseuses numériques se sont effondrées aux Etats-Unis l'an dernier (de 28 à 36% selon les dernières études), et ce sera encore pire en 2013 si l'on en croit les projections.

Ce n'est pas que les gens ne lisent plus, c'est qu'ils préfèrent le faire sur des tablettes aux multiples usages, qui se répandent à très grande vitesse. D'ailleurs, le pionnier Amazon parie désormais sur le support tablette, avec le Kindle Fire. D'après le centre de recherche Pew, 23% des Américains lisent maintenant des ouvrages en version numérique. Ils étaient 16% l'an dernier.


Bon, alors notez que le livre papier n'est pas sauvé pour autant. C'est juste que l'argument "la liseuse c'est mieux, ça flingue pas les yeux", en vérité, tout le monde s'en fout.
Vrai que c'est terne une liseuse. Et puis bon, c'est juste fait pour lire. Le truc ringaaaaard quoi. On est en 2013 hein, on a arrêté de vendre des téléphones qui ne servaient qu'à communiquer depuis longtemps. =D
Auteur:  Auré [ Mer 13 Fév 2013 17:20 ]
Sujet du message:  Re: Nos lectures

Ce n'est pas que les gens ne lisent plus, c'est qu'ils préfèrent le faire sur des tablettes aux multiples usages

Ça me déprime de lire des choses pareilles... Et bientôt, puisque tu parlais des téléphones portables, ils feront eux aussi la fonction "liseuse", en mieux bien sûr ! :hmm:
Auteur:  Yoan [ Mer 13 Fév 2013 18:00 ]
Sujet du message:  Re: Nos lectures

Je crois qu'il existe déjà foule d'applications pour lire sur Iphone. Je ne sais pas si c'est très pratiqué, mais ça existe. Et clairement, le problème n'est pas tant qu'on puisse le faire, que le fait qu'on le fasse trop, et au détriment de supports plus légitimes.
C'est comme le jeu vidéo : beaucoup font de Apple un acteur majeur imminent du secteur aux côtés de Nintendo, Sony et Microsoft, via l'Iphone. Alors au début, moi je trouvais très sympa' qu'on puisse faire tourner des trucs pas mal foutus dessus (en plus il existe un relifting assez classe de "Secret Of Mana", exclusif à l'Iphone), mais de là à ce que ça devienne "la console de demain"... Bon, faut pas charrier.
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