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Re: Littérature

Messagepar Yoan » Dim 20 Nov 2011 15:04

Klimt Eastwood a écrit:Si j'avais la possibilité de lire en entier le dernier Murakami sur le net...ben je le ferais pas.
C’est même pas qu’une question de parfum, de feuille, de tourner des pages. L’écran je trouve pas ça hyper confort tout simplement. C’est un peu con comme argument je sais mais rien que pour ça je ne vais pas aller vers le numérique.


Sur ce point, c'est acquis. Les écrans "traditionnels", c'est rapidement chiant pour la lecture. Mais c'est ce que veulent corriger les liseuses qui viennent de sortir, via le rétroéclairage, et une ergonomie pensée pour approcher autant que faire se peut le livre traditionnel.
Je n'ai pas essayé de liseuse dernière génération, mais je n'ai aucun doute sur le fait que le déficit de "confort" que tu pointes sera rétabli à très court terme. Et c'est de toute façon d'ores et déjà incomparable avec une lecture "sur Internet".

Moi je poserai plus volontiers la question de la perte d'unicité d'une œuvre. Faire de ce qui était un livre physique et unique, un fichier parmi d'autres dans une sorte de base de données informatique, ça n'aura à mon sens pas que des avantages. Et c'est déjà ce qui s'est passé avec le disque en effet. Au risque de passer pour un vieil aigri - mais je reviendrai là-dessus - ça commence sincèrement à me faire soupirer de voir des mecs se trimballer des Ipods remplis d'une somme industrielle d'albums qui tournent en shuffle. On mélange tout, on n'écoute rien en profondeur, et on s’assoit sur ce qui fait la spécificité d'une œuvre via son artwork, sa logique artistique sur 12 titres etc. Tous les disques qui m'ont marqués, je les ai tenus dans mes mains, j'ai porté sur eux un regard émerveillé. On n'a pas le même rapport sur une liste de MP3.
On vit l'ère de la surconsommation, du "toujours plus", du quantitatif. Et j'ai la conviction intime que ça induit une forme de dilution de la spécificité des œuvres, qu'on survole de plus en plus, qu'on comprend de moins en moins. On ne veut plus donner aux produits culturels le temps qu'ils méritent, parce qu'on veut en empiler plein d'autres. On a les yeux plus gros que le ventre.
Et pour le livre, nul besoin de remonter à des expériences de vieillards fermés au progrès. Je connais un tas de gens plus jeunes que moi qui pour rien au monde n'échangeraient leurs Harry Potter contre des versions numériques. C'est un constat qui me réjouit. Et j'attends de voir si le prochain succès de cet acabit pourra se passer du papier. J'espère que non, tout simplement parce que si j'en crois ce qui s'est passé avec le disque, la dématérialisation, c'est aussi le désenchantement.

(Toujours pas écouté l'émission, mais je le ferai. D'autant que je trouve le sujet passionnant).
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Re: Littérature

Messagepar Auré » Dim 20 Nov 2011 15:42

Yoan a écrit:Je connais un tas de gens plus jeunes que moi qui pour rien au monde n'échangeraient leurs Harry Potter contre des versions numériques.


Je n'échangerai aucuns livres contre une version numérique !!! Tourner les pages de son livre, voir la fin approcher au fur et à mesure, regarder les magnifiques couvertures dans les librairies, ou même dans les bibliothèques (j'ai la carte de ma médiathèque, mais j'ai arrêté depuis longtemps, j'ai la manie d'avoir envie d'acheter tous les livres que j'ai lu que ce soit grâce à une bibliothèque, un prêt ou autre). Bref, rien ne vaut un vrai livre !
Et non, aucune version numérique ne vaudra jamais un quart d'un seul des Harry Potter :love:

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Re: Littérature

Messagepar Yoan » Mer 4 Jan 2012 15:11

Je reviens sur ce sujet qui me plaît, parce que j’étais récemment à une conférence sur le « livre de demain », en présence d’éditeurs numériques fatalement voués à leur propre cause : le livre numérique.
Ils ont évidemment joliment vendu leur lessive, en présentant des « livres » pour enfants – parfois sans texte (!) – sur tablettes ou liseuses, agrémentés de son, d’images animées, et d’une narration sous forme de voix off. En dehors du fait qu’il ne s’agit concrètement jamais que du contenu d’un DVD pour les plus petits, transféré sur un mini-écran pour lui donner un nouveau nom et simuler l’innovation via une touche d’interactivité, on peut y voir de bons produits. Alors dans l’absolu, pourquoi pas.
Ce qui a déclenché chez moi un petit rire de dépit, c’est la réponse d’une éditrice à une question posée par une dame dans l’assemblée. Reconnaissant d’emblée son peu de compétence technique, n’étant pas familière des objets en question, elle a simplement demandé comment allaient se transmettre ces « nouveaux livres ». Comment les garderions-nous pour qu’ils traversent les générations, et est-ce qu’à l’instar des livres papier qu’elle a hérités de sa grand-mère, ces livres dématérialisés allaient pouvoir être eux-mêmes transmis dans 30 ans ? Question intéressante me dis-je, parce qu’elle aborde le point crucial de la mémoire, dont les écrits sont les témoins les plus fondamentaux à ce jour. Attention, réponse expéditive : « Oh bah le papier c’est fragile, ça s’abîme. Un fichier ça se garde sans problème au contraire. Question suivante ! »
J’ai trouvé ça évidemment plus que laconique, mais surtout assez ahurissant de mépris.
Parce que moi, quand je réfléchis aux fichiers dématérialisés que j’ai possédés, l’énorme majorité a disparu dans des crashs de DD, ou dans des mécaniques de mises à jour, de remplacement matériel etc. Faut quand même accepter de voir que je suis à peu près certain que tous autant que nous sommes, nous avons gardé quelques vieilles BD qui nous renvoient à nos 10 ans, alors qu’on a perdu à peu près tout ce que contenaient nos ordinateurs il y a plus de 5 ans. Et ce que je trouve notable, c’est qu’une liseuse est un « cadeau » vide. On offre un réceptacle à livres, pas un livre. Parce que les livres sont donc dématérialisés – désenchantés – et réduits à l’état de fichiers. Des fichiers qui survivront ou non à une ce qui constitue un incontournable des nouvelles technologies : l’obsolescence accélérée. De la même façon qu’ils sont arrivés à nous faire remplacer nos téléphones portables tous les 15 mois, une liseuse ne sera pas éternelle, loin s’en faut. Il va falloir transférer, sauvegarder, et certainement partager, plus ou moins légalement d’ailleurs. Je me doute bien que les solutions vont être multipliées pour faciliter ces « sauts » d’un support à un autre, mais la question se pose très sérieusement : dans un monde que certains prédisent sans papier, sans bibliothèque physique, est-ce qu’on va vers la meilleure façon de sauvegarder notre patrimoine ? Sans même évoquer la théorie cataclysmique du bug géant, à la simple échelle d’un individu, j’imagine des livres qui plus que jamais, vont aller et venir dans l’indifférence générale.
Et encore une fois, je me permettrai de faire le parallèle avec le disque. Certains le disent déjà mort, mais que perd-on plus facilement que des MP3 ? Pas grand-chose, mais « c’est pas grave », on peut re-télécharger à chaque fois. Et c’est alors que rassurés par cette certitude confortable, on ne prendra plus vraiment garde à ce qui viendra gonfler nos plates-formes de lecture, jusqu'à finir de désacraliser l'objet "disque".
Je ne sais pas si ça fait "vieux con" comme discours, mais le futur au digital version "tout-écrans", plus j'y réfléchis, moins ça m'attire.
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Re: Littérature

Messagepar Yoan » Lun 12 Mar 2012 17:17

J'ai plein de lectures sur le feu, mais je vous reparlerai vite de ça :


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Ils se sont fait connaître il y a quelques années avec Sexus Politicus. Christophe Deloire et Christophe Dubois sortent une nouvelle enquête chez Albin Michel : Circus Politicus. Dans ce livre, les deux journalistes expliquent que les citoyens accordent une importance surdimensionnée au pouvoir des élus.

"Le vrai pouvoir se joue à la fois à Bruxelles, sans qu'on sache ce qui s'y passe, et dans des cercles d'influence secrets, avec un vrai pouvoir d'influence idéologique sur nos dirigeants", expliquent les deux auteurs, invités d'Europe 1 mercredi soir. "Depuis 2007, la France a signé 300 conventions internationales", rappellent-ils, sans que ces décisions soient connues des citoyens français.

Réfutant toute affinité avec les théories du complot, Christophe Deloire et Christophe Dubois évoquent dans leur livre les différentes (et selon eux véritables) instances de pouvoir que sont Bruxelles, l'OMC, différentes agences et cercles internationaux.


Je vous ai déjà fait chier des centaines de fois avec ce discours-là, donc je n'en rajoute pas. Je me réjouis simplement de constater que ce qui n'était encore qu'un sujet marginalisé il y a peu, compte enfin des sources de cette crédibilité.
Parce que le livre recueille des critiques plutôt bonnes, et/ou des silences éloquents de la part de ceux qui devraient s'en indigner.
J'espère que le contenu est à la hauteur (je n'en entends pour l'instant que du bien, de la part de gens pourtant pas forcément partisans du "On nous cache tout"), et je me dis qu'il était temps que le sujet bénéficie d'une enquête claire et sérieuse.
Peut-être qu'on va enfin arrêter d'en rire, et ne plus affirmer à chaque fois que ceux qui dénoncent le transfert des centres de décisions sont des débiles fans de la théorie du complot, pour faire l'autopsie objective d'une démocratie sournoisement transformée en oligarchie.


PS : je me suis permis d'éditer le titre du topic parce que je le trouvais trop réducteur. On peut lire des livres qui ne sont pas de la littérature, et en parler ici.
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Re: Nos lectures

Messagepar Finquel » Mar 26 Juin 2012 22:11

Je vois que le dernier message dâte du 12 mars. Dur. J'arrive un peu après la bataille. Surtout que je viens de tout lire... TOUT. Ce n'était pas un livre et j'y ai pourtant passé un bon moment.
Bon, c'est dur là. J'ai envie de répondre à plein de trucs mais pfffff voilà (le petit prince quoi!!! le petit prince, c'est inégalé). Je voulais, à la base, partager un livre et juste vérifier que personne ne l'avait fait avant.... j'en viens même à me demander si je ne l'avais pas déjà fait sur le précédent forum.... se serait la honte. On m'affublerai alors de cette merveilleuse maxime: "la culture c'est comme la confiture, moins on en a et plus on l'étale" bref, Finquel n'a lu qu'un livre et fait chier tout le monde avec ^^
Je veux en parler (encore une fois) de ce livre car mon attachement à lui a évolué. Ce qui rejoindra l'autre sujet de ce topic: La dématérialisation ou pas?
Actuellement, j'en ai 4 exemplaires à la maison. Je me suis mis à offrir cet ouvrage à tout le monde.... enfin à ceux que j'aime bien. Passez dans le coin et je viendrai à votre rencontre avec un sous le bras. Comme ça, juste pour l'offrir. Car à un moment donné, quand un livre vous poignarde et que tous ce que vous lisez derrière est fade et bin vous finissez par l'offrir à tout le monde. Parce qu'un "tiens t'as lu ça? non? tu devrais, c'est super"... ça ne suffit pas, cet auteur mérite mieux! Et quand on tombe sur quelqu'un qui l'a lu alors c'est la révélation! On se rend compte qu'on n'est pas seul à être fêlé de ce bouquin. Et c'est parti pour au moins 1h de discutions et de passion avec un truc dans le ventre qui remue. Quel que soit la génération de l'autre lecteur. J'ai parlé de cet ouvrage à des éditeurs BD (des bons, des vrais) qui connaissaient le bouquin. C'est fou ce qui en ressort. Les auteurs ont peur d'aller dessus. Une maison essaie et ils refusent tout le monde. Pas facile de trouver l'homme capable de s'approprier ce chef d'oeuvre. L'éditeur qui s'en occupe n'arrive pas à lâcher le bébé. C'est trop énorme. Au cinéma, seul Peter Jackson aurait le droit d'en parler.

Un style d'écriture beau. Tellement qu'on en relis les phrases et on s'émerveille. Un vocabulaire fort, employé avec une grande justesse. Comme Slash qui cherche LA note, il recherche LE mot. Chaque mot est une note et chaque phrase une mélodie qui évolue au fur et à mesure des chapitres. Vraiment, j'ai halluciné de l'impact qu'avaient les mots dans ce bouquin. Déjà les deux hommages des premières pages donnent le ton:

A la mémoire de Mamu, ma grand-mère,
Qui m'a laissé au coeur et aux poumons
cette braise ronde de pur amour,
Que j'essaie de rallumer,
Avec mes pauvres moyens,
à chaque respiration.



Ce livre t'est dédié de plein droit, Olivier,
Il est dédié au porte-avion d'écoute et d'amitié impeccable
qui tient dans l'armature de tes épaules,
à ta générosité inexorable,
à l'intelligence de tes apports multiples
fussent-ils humains ou littéraires,
à la pertinence de tes mots quand j'ai ramé là-bas
et de tes silences quand je ne sais plus
me taire,
à ta noblesse enfin, que beaucoup
prennent pour une simple probité d'âme,
mais que je sais être, moi,
le nom secret d'une forme raréfiée
de courage


Ce livre, contrairement à ce que pourrait laisser sous-entendre ces deux strophes, est également plein d'humilité. On est juste là pour parcourir le monde avec une horde de fêlés qui trace à pied le chemin qui les mènera à l'origine des vents.
La narration est extrêmement fluide et ne s’embarrasse pas de liaisons pour nous faire passer d'une scène ou d'un personnage à l'autre. Chaque protagoniste (23 au total) est représenté par un symbole:
)
-
<
)-
ect...

Un paragraphe commence par un symbole et on sait qu'on est dans la tête, la regard, la réflexion de ce personnage.
C'est fluiiiiiiide, un truc de ouf!!
L'auteur est natif de Lyon. Il fait des études de socio-économies. Il vit actuellement dans le Vercors est viens d'écrire un scénar de jeux vidéo dont un des trois fondateurs est Aleksi Briclot (un tueur!)

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Re: Nos lectures

Messagepar Finquel » Mar 26 Juin 2012 22:18

Et au fait Binouz, je t'avais passé il y a quelques années les premiers tomes de cross game! T'en avais pensé quoi?
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Re: Nos lectures

Messagepar Finquel » Mar 4 Déc 2012 19:56

Ne sachant trop où en parler, je le mets içi:
J'ai récupéré une liseuse. J'entends déjà les "bhouuuuuu c'est mal". Oui, je sais, et c'est justement pour ça que j'en ai chopé une. Je voulais connaitre mon ennemi pour le combattre encore mieux. Voici donc ce que j'ai appris:
Honnêtement, si on en prête une (moi j'ai la sony prs T2) à tous les lecteurs pendant un mois pour qu'ils essaient.... le livre papier est mal. C'est vraiment top comme technologie. Rien à voir avec une tablette dont le retro éclairage te flingue les yeux. L'encre numérique est une excelente trouvaille.
Par exemple, j'm'en sers pour lire des livres en anglais pour bosser un peu et grace aux dictionnaires intégrés, que ce soit en français ou en anglais, tu appuies sur un mot et ça l'ouvre dans un dictionnaire. Tu y as donc sa définition et sa traduction si besoin est. L’autonomie est exceptionnelle: environ 1 mois. Ca ne consomme que lorsque l'on tourne une page ou appuie sur un bouton.
Bien sur, le gros avantage de ses petits appareils est le piratage. J'en suis à un peu plus de 4000 epub récupérés. Epub est le format standard de numérisation. C'est lui qui permet de modifier la taille de la police ou de sélectionner un mot.
Bref, quand je vois le prix des livres numériques: ex: 17.90€ IQ de Murakami, quand on vient de mettre 130€ dans la liseuse, on pirate. C'est peut être là, la principale sauvegarde du papier: Un prix exorbitant pour la version numérique. Les liseuses seront alors de formidable atouts pour tous les classiques, gratuits, que l'on étudie à l'école et qui sont encore vendus à prix d'or.
A voir au long thermes donc.
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Re: Nos lectures

Messagepar Yoan » Mar 4 Déc 2012 20:46

Je crois qu'il est plus judicieux de parler de "livres papier" au pluriel, parce que tous ne visent pas le même public, ni ne mettent en avant les mêmes arguments. Plus l'objet doit être en soi vecteur d'émotion, moins on arrive à se passer du papier. C'est flagrant pour la BD, ça l'est effectivement beaucoup moins pour le roman traditionnel.

J'ai pas le temps de développer là, mais c'est sur la notion d'objet matériel et unique que je vais insister. Parce qu'en effet, la lecture sur liseuse est irréprochable du point de vue technologique : c'est à la fois confortable et sans conséquence néfaste sur la santé. Le souci c'était le rétroéclairage, il a été éliminé via l'encre électronique.
La question qui se pose - et désolé si ça fait un peu philosophique - c'est la notion de "sens" de l’œuvre. Pour moi, de ce point de vue, la dématérialisation a déjà fait la preuve de sa nocivité avec le disque.

Mais j'y reviendrai, j'adore ce débat 8-)
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Re: Nos lectures

Messagepar Moe » Mar 4 Déc 2012 20:57

Bref, quand je vois le prix des livres numériques: ex: 17.90€ IQ de Murakami, [...]


En même temps 1Q84 tu le payes 30 euros en poche vu qu'il est en 3 volumes (et moi j'ai la version normale, ce qui fait que j'ai payé presque 70 euros pour un livre que j'ai pas encore lu, ha ha ha).

Sinon une liseuse ma mère en a une et effectivement c'est pas mal. Elle lit des bouquins comme moi je mange des bonbons, et du coup elle s'en sert surtout pour lire des trucs qu'elle aurait jamais acheté sinon. Du coup je vois ça tout comme le piratage de musique (du moins l'usage que moi j'en fais): à mon avis ça remplacera jamais un livre ou un disque pour les passionnés.
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Re: Nos lectures

Messagepar Finquel » Mar 4 Déc 2012 22:58

Oui, la comparaison est bonne Moe, je pense effectivement que l'on peut comparer la liseuse au lecteur mp3... avec les conséquences que l'on sait pour la musique. Pour l'exemple que je donnais, IQ, 17.90€ est le prix du tome 1, pas des 3... et après vérification, c'est 17.99€ sur la plateforme chapitre.

Après, même si j'adore ma liseuse, et même si j'adore mes lecteurs mp3, je reste émerveillé par un bel ouvrage ou un vynil (le CD étant déjà moins glamour). Ce qui m'inquiète plus, c'est la notion de marché et d'économie. Toutes les grosses boites sont détenues par des vieux qui pensent comme des vieux avec des préceptes économiques qui datent de Marx. Préceptes toujours enseignés dans nos chères écoles de commerce, préceptes qui ont mené l'économie mondiale dans la merde actuelle. Et malgré tous ça, ces vieux ne peuvent s'empêcher de "penser" à l'avenir. Je le mets entre guillemets car je ne peux m’empêcher de penser, moi, qu'ils ne pensent en fait, pas bien loin. Bref, cet avenir dénué de réflexion est en fait un avenir auquel ils ne participeront pas. Puisqu'ils sont vieux, ils écouleront donc des jours paisibles avec tous leur pognons ou ils écouleront du pus au fond de leur caveau. C'est donc un avenir pour nous, les jeunes qu'ils construisent. Sauf que, il faut bien le dire, ils s'en cognent, des jeunes. Faut bien comprendre qu'ils ne pensent qu'à court thermes, pour leur gueule. Ils se foutent de savoir s'ils vont foutre en l'air tout un marché, toute une économie. Aujourd'hui le livre fait vivre grassement les éditeurs (qui sont bien cons eux aussi mais j'y reviendrai plus tard), les imprimeurs, les fabricants de papier, les libraires, les distributeurs, les transporteurs etc... quelques dizaines de milliers d'emplois donc. Mais les vieux s'en foutent, quand ça arrivera, ils ne seront plus là. Par contre nous, on sera en plein dedans. Donc moi, ce qui me gonfle le plus, finalement, ce sont ces discours tout fait, ces maximes pré-machées des écoles de commerce:
-"Il y a un marché, il faut y aller" mais nan mec, t'es pas obligé, tu peux réfléchir avant!
-"C'est l'avenir, le futur, c'est comme ça" mais le futur, on peu peut être le choisir nan? Il ne s'impose pas à nous, et puis toi le vieux qui n'en sera pas du futur, pourquoi c'est toi qui le choisi à ma place? Laisse moi mon économie du livre et rend moi celle du disque.
Forcément, c'est génial une liseuse mais est ce nécessaire? Avec la numérisation du disque et du livre, on apprend plus à faire des choix. On a tout, on survole tout et on ne lis, écoute, rien. Qu'est ce que c'est bon de rentrer dans une immense bibliothèque et de se dire "ouahaaaa, qu'est ce que je vais lire?" en trépignant. Bah rien, parce que maintenant on a tout piraté et que ça tient sur une clef usb. C'est génial aussi un robot qui fait tout, mais on fait quoi nous si on nous fait tout à notre place? Faut qu'on mette des limites à tout ça. Le progrès à plein de secteurs où il peut s'éclater: La médecine, l'espace, l’aéronautique, etc.. Qu'on arrête de tout remplacer par des machines et du numérique.
Et puis écologiquement, vaut mieux du papier fabriqué par des forets gérés durablement avec les nouvelles encres et colles bio que des liseuses à batteries au lithium et d'immenses serveurs climatisés pour générer le trafic des données.
Je rappelle que le lithium est un métal rare donc il y en a peu, et qu'il s'extrait dans des déserts à l'aide d'eau douce.... on marche sur la tête.
D'ailleurs, petit HS, le lithium manque déjà, c'est pourquoi, entre autre, on nous demande de ramener nos vieux portables, pour récupérer les composants. Donc la prolifération de tablettes et cie, ça va bientôt être mort et quand, du coup, on me parle d'écologie avec la voiture électrique!! Les batteries de la Zoé sont au lithium et pèsent 250kg!!!!
Fuck Renault, Fuck les vieux.
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Re: Nos lectures

Messagepar Yoan » Mer 5 Déc 2012 01:06

C'est pas un secret pour grand monde ici, alors j'aime autant être clair sur ce qui influence aussi forcément mon opinion : je travaille pour la Fédération de l'imprimerie Française et je suis proche d'une association qui s'appelle "Culture Papier". J'aide même à l'organisation de colloques sur la question de la complémentarité des supports, j'ai rencontré des gens passionnants sur le sujet etc. Il y a donc un argumentaire pro-papier auquel je suis constamment confronté.
Pourtant, je ne pense pas faire du corporatisme, déjà parce que la question de l'avenir du livre est à mon sens très proche de celle de l'avenir du disque, à propos de laquelle je me suis déjà largement étendu. Pour moi, la dématérialisation au sens large, c'est pas loin d'être un choix de civilisation. Il n'y a pas qu'une question un peu romantique d'attachement charnel à l'objet, la "société" numérique interroge nos pratiques culturelles. Et par ricochet, elle interrogera ce que devront être les œuvres de demain, parce que malheureusement, je pense que les affects seront balayés par les pratiques sociales. Tout le monde sait par exemple que ce sont des chiens chez Amazon, sans la moindre éthique autre que de dire "Je vends ça pour pas un rond parce que je peux contourner la législation, et je m'en fous de ne pas rémunérer la création". Et au final, le site prospère, tandis que les libraires souffrent.
Sauf que le MP3, tout comme la presse Web, n'a pas encore trouvé son modèle économique. Autrement dit, aujourd'hui, il n'y a guère que le papier qui est rentable, et permet de rémunérer toute une Filière. Ça n'a rien d'un détail.

Je reprends ce que je trouve être l'argument fort du plaidoyer de Finquel :

Avec la numérisation du disque et du livre, on apprend plus à faire des choix. On a tout, on survole tout et on ne lis, écoute, rien. Qu'est ce que c'est bon de rentrer dans une immense bibliothèque et de se dire "ouahaaaa, qu'est ce que je vais lire?" en trépignant. Bah rien, parce que maintenant on a tout piraté et que ça tient sur une clef usb.


Au risque de passer pour (déjà ? :face: ) un vieux réac', c'est à peu près ce que je pense également.
Il faut avoir conscience de ce qu'a pris le disque dans la gueule : les "disquaires" n'existent plus. Désolé SeB hein, mais tu es un survivant. Et je ne suis pas franchement optimiste quant au devenir du libraire. Or, on parle là de gardiens de la diversité culturelle. Personne ne vous guide sur Amazon, ni ne partage avec vous des coups de cœur : vous avez un moteur de recherche, et basta.
Alors on peut dire comme le fait Moe que les "passionnés" resteront attachés aux objets, et continueront de les "consommer". Sans doute. Mais qui dit "passionnés" dit aussi "minorité", voire "marginaux". Et on ne peut pas ignorer que le modèle dominant ne sera pas sans conséquence sur la diversité et la qualité de l'offre.
Je ne suis pas devin et je ne sais pas quelle place pourra occuper demain le livre numérique. Mais le sort de la presse est déjà presque scellé : 60% de ce que vous voyez sur les étalages des points de vente finit en invendus, et donc, au pilon. Faut bien se rendre compte : 60%... Le quotidien qui marche le mieux - l'Equipe - ment sur ses ventes tellement les baisses qu'il concède sont aussi régulières que vertigineuses.
On tire sur le papier parce que c'est lui qui fait gagner de l'argent, mais le secteur est en phase de miniaturisation : on va vers des courts tirages, et certains commencent à dire que le défi pour la profession, ce sera même d'aller vers l'impression à la demande.
La Filière (imprimeurs, éditeurs, libraires, papetiers...) va mal pour des raisons à la fois tendancielles et industrielles, mais ce qui me chagrine en tant que citoyen lambda, c'est cette généralisation des pratiques culturelles "bourrines". Il faut absolument arrêter de faire d'une logique accumulative un argument de vente. On peut mettre des milliers d'ouvrages sur une liseuse. A vrai dire, on peut en empiler bien plus que vous ne pourrez en lire. Pour quoi faire ? De la même façon, télécharger des disco' complètes pour survoler trois MP3, c'est courant pour une génération qui n'écoute plus de musique que via des médias connectés au Web. Entassons, consommons. Ayons les yeux plus gros que le ventre.
J'ai l'intime conviction qu'il faudra (re)faire l'éloge de la lenteur, parce que c'est ce qu'est le temps de l'assimilation. A l'inverse, on ne cesse de vanter la vitesse et les capacités techniques de réceptacles à œuvres, que l'on est en train de transformer en "fichiers". Si le désenchantement m'était conté, je dirais qu'il ressemble quand même beaucoup au tout écran.

Je m'en tiens là pour l'instant (à contre cœur, mais il se fait tard :cry: ).
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Re: Nos lectures

Messagepar Auré » Ven 7 Déc 2012 16:04

On peut m'en prêter une de liseuse, je la poserai dans un coin... Nan j'ai quand même un peu (beaucoup) de mal avec ça. L'objet en lui même, n'a aucune classe. J'achète des livres à gogo pour la beauté de chacun. Il m'arrive même d'en choisir juste grâce à leur couverture !^^ Là j'ai arrêté un peu d'acheter, parce que j'ai une sacrée belle liste à lire. Des livres que je lirai, c'est sur. J'en ai même commencé que j'ai pas fini, pour en commencer d'autres que je voulais absolument commencer. Bref, je m'emmêle les pinceaux avec mes bouquins. Puis on vient de m'en offrir un que j'ai trop envie de lire aussi. Si si je les lirai tous ! :) J'aime les livres, j'adore ça, rien que pour le plaisir de tourner les pages, je ne peux lire sur une liseuse. Puis, pour ce qui est du mp3, je mets plusieurs de mes albums dessus, et dans le bus, je fais mes allers retours su 3 chansons en boucle et je m'en fous parce que je sais que tout le reste, j'aime aussi. Tous livres que je lis je le veux ! Je ne lirai pas un livre qui ne m'intéresse pas, donc je ne me verrai pas télécharger un livre "que je n'aurai pas acheté". A une époque j'avais une carte de la médiathèque de ma ville, pour acheter moins de livres, bin chaque livre emprunté, je l'achetai^^ Je crois que mon post n'a ni queue ni tête, mais j'avais zappé de lire les vôtres ya 2 jours parce que j'allais travailler, puis là je mets à répondre mais je vais travailler du coup j'ai pas trop le temps de faire un vrai joli post^^
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Re: Nos lectures

Messagepar Yoan » Ven 14 Déc 2012 11:50

Auré a écrit:On peut m'en prêter une de liseuse, je la poserai dans un coin... Nan j'ai quand même un peu (beaucoup) de mal avec ça. L'objet en lui même, n'a aucune classe. J'achète des livres à gogo pour la beauté de chacun.


Savez-vous pourquoi des livres comme celui-ci ont une telle importance ? Parce qu'ils ont de la qualité. Et que signifie le mot qualité ? Pour moi, ça veut dire texture. Ce livre a des pores. Il a des traits. Vous pouvez le regarder au microscope. Sous le verre vous trouverez la vie en son infini foisonnement. Plus il y a de pores, plus il y a de détails directement empruntés à la vie par centimètre carré de papier, plus vous êtes dans la littérature. Extrait de "Fahrenheit 451" (Ray Bradbury)

Alors encore une fois, les lassés des discours romantiques diront que ce genre de citation ne fait rien d'autre qu'exacerber la valeur de la matière, sur un ton lyrique etc.
Saut que merde, c'est quand même puissant comme mot : dématérialisation. C'est la négation de l'objet, c'est faire d'une oeuvre un contenu volatile qu'on ne pourra plus palper. Et c'est donc ce qui amène à privilégier le phénomène d'accumulation, à mon avis au détriment du sens qu'on porte à des oeuvres singularisées.

Bon, j'arrête de radoter, mais juste, si on veut du pragmatisme, du vrai. La dématérialisation - de toute forme d'imprimé en tout cas - n'est absolument pas écologique. Ne serait-ce que sur vos factures, quand vous apercevez en bas de la page "Pensez à l'environnement, optez pour la facture électronique", c'est un mensonge pur et simple. L'impact carbone d'un email est supérieur à celui d'un courrier papier. Toutes les études le démontrent, et pourtant, on continue de faire circuler cette idiotie, qui a effectivement un intérêt pour l'émetteur : ça lui coûte moins cher. Point barre. Mais mentir, quand ça fait gagner de l'argent, ça ne pose problème à personne, visiblement.
Après, moi, dématérialiser les factures, je m'en fous. C'est pas comme si ça allait me manquer de ne plus les ranger dans un classeur. Mais le mensonge écologique, je trouve que c'est grave.

Bon sinon, je reviendrai très vite sur ce topic pour parler de deux bouquins. C'est un peu à ça qu'il sert.
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Re: Nos lectures

Messagepar Pidjay » Sam 15 Déc 2012 01:08

L'impact carbone d'un email est supérieur à celui d'un courrier papier.


bin ça par exemple, j'veux bien que tu me l'expliques parce que tu chamboules toutes mes idées reçues là. et explique le moi comme si tu t'adressais à un gamin de 4 ans, JE VEUX COMPRENDRE.

et on parle bien d'UN email versus UN courrier papier, hein.
merci d'avance
Je ne posterai une signature que quand j'en aurais trouvé une valable. sinon ça sert à rien.
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Re: Nos lectures

Messagepar FrogChair » Sam 15 Déc 2012 13:26

La question se pose quant à la légitimité de qualifier la facture électronique comme bénéficiaire à l'environnement. En effet, le fait d'envoyer ses factures de manière électronique diminue (voire supprime) la consommation de papier pour le service facturation des entreprises. Le bénéfice est alors moins d'abattage d'arbres, et moins de rejets de CO2 liés au transport des feuilles, puis des factures (en amont et en aval de la facturation). Cependant, la consommation d'électricité pour créer, envoyer et archiver ces factures électroniques est néfaste pour l'environnement. Il est donc difficile de donner un bilan clair sur l'impact environnemental de la dématérialisation des factures en factures électroniques.
source : Wikipedia

Je bosse dans un centre de calcul informatique, je confirme que le simple fait d'ajouter un serveur consomme énormément d'énergie : d'une part son alimentation, mais surtout son refroidissement !
On estime la consommation électrique pour le refroidissement d'un serveur à peu près égale à sa consommation en alimentation pure.
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Re: Nos lectures

Messagepar Yoan » Sam 15 Déc 2012 14:24

Je parlais dans le cas des factures électroniques ou toute autre forme de publipostage. Soyons clairs, la mesure n'existe pas pour la simple lettre unique et lambda d'un particulier, parce que ça dépendra de choses qu'on ne peut, je suppose, pas mesurer : quel papier utilisé ? Envoyé où ? Avec quelle enveloppe ? Par la Poste ? Quel transport ? La lettre sera-t-elle jetée dans la bonne poubelle ? ... Ou, si c'est un mail : quel temps de lecture écran ? Nécessité d'y revenir ou de l'imprimer ? Quels serveurs utilisés ? etc. personne n'a fait ni ne fera ces études au cas par cas.
Et de toute façon, là dessus, il n'y a plus de lutte. Je n'envoie plus de lettres à personne, si ce n'est éventuellement à ma grand-mère une fois tous les 4 ans. Ici, ce serait plutôt le débat de l'émotion : la raréfaction de la lettre papier, c'est plutôt dommage parce que c'est un acte touchant. Écologique à l'échelle individuelle, j'en sais rien.

Ce que je maintiens, c'est que le "Faîtes un geste pour l'environnement, passez à la facture électronique" est un mensonge, qui s'appuie sur des "études" qui ont été démontées. Mais "personne" n'en entendra parler. Pourquoi ? Parce que ça permet en revanche de vrais gains immédiats pour les entreprises émettrices. Déjà parce que ça "permet" de rémunérer moins de gens. Une directive Européenne - adoptée dans l’indifférence générale - est même déjà censée imposer la dématérialisation de certains types de documents. Vive la démocratie.
Mais bref, mesurer l'impact carbone d'un publimailing "dématérialisé" offre souvent de belles surprises. Les centres de gestion des données, les data centers, sont très consommateurs d’énergie. On ne sait d'ailleurs pas encore tout à fait les mesurer, mais on sait que ce n'est pas un modèle durable. A l'inverse, ce qui est insupportable, c'est encore d'entendre que la production de papier tue des arbres, engendre le recul des espaces boisés, pollue énormément etc. C'est tout le contraire, et la déforestation a d'autres causes. Je l'ai déjà (mieux) développé ailleurs donc je n'y reviens pas en détails - d'autant que là, je suis en train de faire un beau HS - mais le "modèle papier", parce qu'il s'appuie sur une recyclabilité exceptionnelle (un papier systématiquement trié sera recyclé 5 fois), et parce qu'il permet au contraire de faire progresser les forêts gérées durablement (c'est à dire à peu près toutes en Europe), n'est pas responsable des impacts écologiques qu'on lui colle sur le dos. D'ailleurs, étrangement, on te dira que les maisons en bois, c'est le top de l'écologie, mais le papier, c'est la déforestation. De l'un à l'autre, il doit bien y avoir une légère manipulation, non ?
La vérité c'est que le déboisement était beaucoup plus inquiétant en France il y a 200 ans. Avant la révolution industrielle, et à une époque où la très grande majorité des Français vivaient en milieux ruraux. Aujourd'hui, la déforestation est strictement circonscrite en Amazonie, et la production de papier n'y tient qu'un rôle minoritaire. Mieux, les forêts qui servent en Europe à la production de papier progressent.
On est toutefois en retard sur le tri, en France. Le papier devrait être une ressource plus qu'un déchet, mais on a du mal à collecter le papier dans des proportions satisfaisantes. Selon EcoFolio, un éco-organisme agréé par l'Etat, seuls 47% des papiers sont aujourd'hui triés et recyclés. Mais dans l'absolu, la production de papier est durable, et tout à fait compatible avec un modèle global vertueux "capteur" - et non pas émetteur - de CO2.

Après, pour être tout à fait honnête, l'idée de dématérialiser mes factures ne me choque pas. Ce qui me retient, c'est plutôt lié au fait que ça va souvent de paire avec les prélèvements automatiques, qui sont de vrais pièges et l'occasion de méchamment se prendre la tête dès que tu dois déménager, et que tu es prélevé au-delà de ce que tu devrais... Mais faire passer l'idée que moins de papier c'est forcément plus écologique est un mensonge grave, qui a des répercussions sur tous les imprimés, jusqu'au livre. Parce qu'à force de le lire et de l'entendre partout, tu finiras par te dire aussi que la liseuse ou la tablette, c'est mieux pour l'environnement que des livres destructeurs d'arbres... D'ailleurs, si tu tentes un micro-trottoir, tu ne pourras que constater à quel point ces idées reçues sont profondément ancrées.
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Re: Nos lectures

Messagepar silverson » Lun 17 Déc 2012 16:57

J'ai déjà lu des choses là dessus effectivement. En cours à la fac, on avait aussi appris que les forêts françaises se portaient globalement très bien et qu'elles progressaient, seuls les incendies estivaux sont un problème dans le sud de la France.
Perso, j'ai beaucoup de factures dématérialisées maintenant, non pas pour les pseudos raisons écologiques avancées mais car j'ai peu de place et que je ne souhaite plus m'encombrer outrageusement de paperasse.
03/06/03 @ La Mutualité, Paris
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18/08/07 @ Pukkelpop fest', Kiewit
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Re: Nos lectures

Messagepar Yoan » Mer 26 Déc 2012 17:59

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Circus Politicus

J'en parlais quelques posts ci-dessus, "Circus Politicus" dresse l'état des lieux - largement délabré - d'une démocratie qui ne mérite (évidemment) plus d'être qualifiée comme telle. La plupart des gens estime pourtant qu'à partir du moment où nous ne sommes pas sous le joug d'un Hitler-like, et qu'il nous est possible d'acheter un Iphone tous les 2 ans, nous vivons tant bien que mal en démocratie. En plus, l'UE a reçu le prix Nobel de la paix, alors tu penses bien... Non, le problème, ça doit être nos avatars politiques, beaucoup de citoyens se contentant finalement de rejouer avec docilité la sempiternelle partition médiatique, basée sur l'idée simple (mais fausse) qu'il existe autant de façon de gouverner qu'il y a de partis dotés pour ce faire d'un "programme". Il faut croire que c'est un rapport de forces, aussi factice soit-il, qui arrange un paquet de monde. Et qui occupe les électeurs, pendant qu'on les prend tous plus ou moins pour des cons (d'où mon aversion de plus en plus marquée pour le militantisme encarté. Mais je m'égards).
Or, la vérité que cherche à révéler et développer ce bouquin, se résumerait à dire qu'il y a, bien au-dessus des querelles de partis mises en scène dans les journaux, de grands axes déjà tout tracés. A Bruxelles pour nombre d'entre eux, là où se trouvent les vrais lobbyistes, mais rarement les journalistes.
Je suis d'ailleurs toujours étonné de voir à quel point, malgré les alternances sans alternative (le gouvernement Hollande serait donc "de gauche" parce qu'il a fâché tout rouge Monsieur Depardieu =D ), les gens s'entêtent à considérer qu'il s'agit fondamentalement de pointer une forme d'incompétence du personnel politique en place. Comme s'il n'existait rien de plus fondamental à l'échelle des phénomènes conjoncturels considérés que leurs petites mesures. Alors "Circus Politicus" ne dévoile pas à grands fracas un "plan" ou autres "complots" - termes dégainés avec mépris pour discréditer dans la seconde toute tentative de critique structurelle de la politique institutionnelle - mais démontre, au fil d'une enquête de terrain, qu'il existe une marge gigantesque entre ce qu'on dit être le pouvoir, et la façon dont il s'exerce réellement.

Le livre a plusieurs avantages :

- Il regorge d'exemples passés sous silence. On y apprend ce que sont nombre d'organismes obscurs laissés aux mains de technocrates inconnus, pour des conséquences sur nos vies que nous ne soupçonnons pas toujours.
- Il explique clairement ce que sont le Bilderberg et la Trilatérale, c'est à dire des cercles d'influence confisqués par une élite autoproclamée, sans décrire pour autant un fantasme complotiste du calibre de ce qu'on a pu lire sur certains sites d'illuminés.
- Il redonne enfin du crédit à un discours pointant une dilution du pouvoir, par l'exemplification constante.
- Il cite entre autres les "notes Antici" émanant du Conseil Européen, lesquelles révèlent notamment que le duo Merkel-Sarkozy - consacrés "tauliers" de l'Europe quand la crise Grecque a foutu la panique - s'est fait excessivement discret pendant les débats. Leur pseudo-influence lors du "sauvetage" de l'Europe n'est donc que pure manipulation médiatique, avec un miroir déformant appelé "conférence de presse".

Cependant, le livre a aussi ses défauts. Le plus criant d'entre tous, c'est son manque de "liant" : il donne l'impression d'enchaîner les anecdotes, et c'est au lecteur de faire les liens, voire de tirer ses propres conclusions. Non seulement ce n'est pas toujours limpide, mais, peut-être aussi par souci d'objectivité, ça ne rend que plus difficile de s'attacher à un récit. Ca manque donc d'un fil conducteur thématique plus appuyé et construit, et on a envie de décrocher plusieurs fois devant le côté un peu froid et décousu de l'ensemble.
Mais ça reste un essai d'envergure - le premier - sur un sujet important, qu'on finira bien un jour par prendre au sérieux.
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Re: Nos lectures

Messagepar Finquel » Mer 26 Déc 2012 23:57

Yoan a écrit:un sujet important, qu'on finira bien un jour par prendre au sérieux.

Tu crois? Je suis moins optimiste, je pense qu'on en crèvera tous de ce système.
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Re: Nos lectures

Messagepar Yoan » Jeu 27 Déc 2012 01:44

Je pense juste qu'on pourra bientôt en débattre dans des émissions "sérieuses", en évoquant même pourquoi pas le Bilderberg - soyons fous - sans déclencher tout de suite des rires hautains. Mais je n'imagine rien de plus que ça, et certainement pas ça :

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Télérama a écrit:Voici venu le temps des paniques électorales. Dans la capitale d'un pays imaginaire qui pourrait être le Portugal, une élection tourne mal. La droite et le centre sont à égalité à 8 %, la gauche n'enregistre que 1 % des voix, et le pire est ailleurs : 83 % des votants ont mis dans l'urne un bulletin blanc. Que faire ? Les pouvoirs publics hésitent sur la conduite à tenir face à ce vote blanc qui déroge aux lois de la normalité démocratique, et, finalement, se résolvent à l'Etat d'exception. Le gouvernement quitte la ville, l'entoure d'un cordon sanitaire, fustige une tentative de déstabilisation et organise un attentat dont il veut faire endosser la responsabilité à une organisation fictive. Les « Blanchards », comme on les appelle alors, auraient donc à leur tête une femme, la seule à avoir échappé à une épidémie qui a rendu la ville aveugle, quatre ans auparavant. Peu importe que cette femme n'y soit pour rien : « Il n'y a pas de personne innocente, dit un ministre, quand on n'est pas coupable d'un crime, on est immanquablement coupable d'une faute. » Un maire et un commissaire seront les seuls à sauver l'honneur des politiques dans cette farce cruelle. Reprenant le personnage de L'Aveuglement (1995), qui mettait en scène l'épidémie de cécité et les débordements qu'elle engendrait, l'écrivain José Saramago est encore animé d'une sainte colère. Ce roman, une fois de plus mené tambour battant par des dialogues qui s'enchaînent sans guillemets et un récit qui bascule sans prévenir dans le fantastique, est un formidable coup de semonce contre une prétendue démocratie qui n'a de nom que le protocole électoral censé la justifier et la légitimer. Un roman politique ? Bien sûr. Quand la démocratie ne s'illustre que par ses rites électoraux et que ses ferveurs s'enlisent dans la résignation, alors s'effiloche aussi tout ce qui la retient, et l'explosion menace. La philosophie politique exige un ton respectable, Saramago utilise celui du romancier qui peut brasser les passions et rendre vraisemblables les cataclysmes. Quand on lui demande si son roman est prémonitoire, il répond sobrement qu'il est d'abord, sous ses dehors imaginaires, un état des lieux : « J'exprime mon mécontentement contre le fonctionnement d'un système qui ne tient que par les cérémonies qu'il organise, explique-t-il. Nous sommes à une époque où l'on peut discuter de tout sauf de démocratie. Nous vivons dans un système démocratique, régenté par les seigneurs de l'argent, où le pouvoir du citoyen est extrêmement limité. J'attends qu'un jour une femme ou un homme, candidat à une élection politique, ait le courage de dire à la télévision : chers concitoyens, il faut que je vous avoue que je n'ai aucun pouvoir. » De même qu'un seul mot avait fait basculer l'histoire d'un pays et celle d'un homme dans L'Histoire du siège de Lisbonne (1989), le simple mot « blanc » pulvérise ici toutes les valeurs et réveille les passions les plus sanguinaires du pouvoir. En exergue, José Saramago cite Le Livre des Voix : « Hurlons », dit le chien.

Gilles Heuré

Traduit du portugais par Geneviève Leibrich, éd. du Seuil


Je vous parle de Jonathan Safran Foer d'abord, sur le thème de végétarisme, et je reviens vous faire chier avec mon vote blanc =D
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